lundi 29 octobre 2007

La bataille de Nancy, une victoire a posteriori de la Bourgogne

Je me rendais ce week-end à Epinal, en terres ennemies donc, pour y rencontrer un mien camarade indépendantiste, funestement égaré en ces contrées inhospitalières par l'absurdité de la décentralisation française. J'ai déjà eu l'occasion de déplorer plusieurs fois la mort du Téméraire, je me permets de revenir sur ce despérant évènement de notre Histoire. En 1475, Charles, fidèle à sa fougue, envahit la Lorraine, comme qui dirait en deux temps trois mouvements, tant la faiblesse de ses ennemis opposent peu de résistance au rouleau-compresseur de son impétuosité. Le 24 novembre 1475, l'affaire est dans le sac, le Grand Duché de Bourgogne parvient enfin à s'unifier, l'Univers tout entier retient son souffle, il ne reste plus désormais que l'accord du pape pour que le monde se dote du plus formidable pays qu'il ait jamais connu. Mais Charles a l'esprit trop élevé pour soupçonner les lamentables turpitudes de ses adversaires. Le duc de Lorraine, comme le cafard qui refuserait d'admettre son infériorié sur le guépard, rompt sa parole (trahison, arme éternelle des faibles) et s'allie avec Louis XI et les Suisses pour reprendre son territoire (illégitimement d'ailleurs, Charles ayant été sacré duc de Lorraine et ayant poussé sa magnanimité jusqu'à faire de Nancy sa capitale). Essuyant quelques défaites, toutes relatives d'ailleurs, le Téméraire doit se retirer. Il revient en force ensuite pour mettre le siège devant Nancy, mais il est trahi par ce freluquet sodomite de comte de Campobasso, et, au cours d'une bataille héroïque où il multiplie les faits d'armes, il finit tué lâchement, son corps dévoré par les loups. La Lorraine, aidée par les Suisses, les Français et les Alsaciens (l'alliance des médiocres contre la grandeur), triomphe. Elle obtient son indépendance, tolérée par ses voisins, sans doute en raison de sa naturelle veulerie. Le duc René mourrut aussi noblement qu'il avait vécu, c'est-à-dire de froid, d'un rhume carabiné. Il laissera le souvenir d'un personnage falot et vélléitaire (il se retira ensuite tour à tour de la guerre folle et de la conquête de Naples, incapable de mener un projet à bien), et les lignes que je perds mon temps à lui consacrer sont déja trop d'honneurs faits à ce pouilleux risible.
Ridicule totem barriolé saluant la lâcheté des Lorrains

Que firent les Lorrains de leur indépendance ? Après 300 ans d'histoire fade et sans grandeur dont la réalisation la plus notable doit être l'élobration d'une quiche (mot devenu une insulte dans le langage courant, non sans raison), les Lorrains, après avoir été dirigé par un Polonais, finirent par s'offrir volontairement à la France, trop faible pour assumer leur liberté et préférant la servitude volontaire.

Vue d'Epinal

En visitant la ville d'Epinal, je m'attendais à trouver néanmoins quelques traces de prétention, ou du moins d'arrogance, chez ceux qui, malgré tout, furent nos vainqueurs. Le spectacle auquel j'assistai fût un des plus déplorables de mon existence. Quel peuple soumis, abattu, résigné, pitoyable ! Le centre ville, limité à trois rues et à une église romane (somme toute assez pesante), se voyait cerné par des rues ternes et sales, piteuses et humbles, terriblement provinciales et sans aucune grandeur d'esprit. La grisaille humide du ciel semblait marqué les visages d'une effroyable médiocrité, et seuls quelques esprits un peu moins insignifiants que les autres, se risquaient à faire quelque peu la fête dans l'unique bar de la ville, qui ferme ses portes à une heure du matin. L'enthousiasme fébrile qui m'anime ordinairement laissa bientôt place à une pâle morosité. En quittant mon ami d'un long baiser langoureux mais néanmoins viril, je sentis mon coeur s'apaisé et au fur et à mesure que le train m'éloignait de cette sinistre région mon esprit s'animait de nouveau, comme réveillée d'une torpeur abrutissante, et enfin je crus fondre de joie en revoyant les élégants cloches dijonnais et l'inaliénable jovialité des Bourguignons. Je songeais alors combien la mort du Téméraire avait fait garder aux Bourguignons l'impérissable regret de leur grandeur et ainsi conservé pour toujours leurs nobles aspirations. A l'inverse les Lorrains s'étaient montré incapables d'être à la hauteur de la victoire, et, de désillusions en désillusions sombrérent dans l'accablement et la morosiré, de sorte que la bataille de Nancy s'avérait finalement être une indéniable victoire morale des Bourguignons portant bien haut leur capacité de s'égayer et de surmonter l'adversité.

Pour unique récompense de leur victoire :
une ville sale, triste et maussade !

6 commentaires:

Anonyme a dit…

En effet,
et que dire d'une ville longtemps dirigée d'une main de suif par un adipeux fat fort pourvu en sourcils qui prétendait jadis incarner une idéologie de la grandeur française, si ce n'est que les gens de cette contrée se complaisent dans une grasse et bourgeoise mesquinerie qui voit en la France un indépassable horizon ?

Vercingetorix a dit…

Haha, bien envoyé cher anonyme, vous m'ôtez les mots du clavier, mais je ne voulais pas trop accabler ces lamentables hères de crainte de paraitre trop acharné.

Ein Elsaß-Lothringer a dit…

C'est dommage de mettre tous les Lorrains dans le même sac...

Il y a "trois" Lorraine pour info :
- la Romane dont vous parler dans votre article et qui tire son apparente et toute relative médiocrité d'une démographie quasi-sibérienne depuis l'antiquité, et qui ne garde que de très rares traces de son passé germanique ;
- la Germanophone c'est à dire "im Großen und Ganzen" la diagonale Nord-Est du département Moselle qui a remarquablement conservé son identité germanique, et dont le cachet ne saurait vous échapper ;
- enfin, la troisième, l'espace de transition entre les mondes germaniques et romans, qui occupe la diagonale Sud-Ouest de la Moselle et dont Château-Salins/Salzburgen et Metz sont des exemples types.

Tout ça pour vous dire que c'est regrettable de considérer le celto-germain de Saargemünd/Sarreguemines, le germano-gallo-roman de Metz, et le bourgeois ventripotant franchouillard de Nancy/Bar-le-Duc/Epinal avec le même regard.

Tschüss !

PS : quoi que vous disiez de la Quiche (de l'Allemand "Kuchen"), c'est quand même un des plats préférés des Français, avouez que c'est pas mal ! :)

Aus Lothringen a dit…

Constatant que j'ai oublié des éléments dans mon commentaire, je poursuis ici.

Il faut bien comprendre que la Lorraine Romane (voir mon premier commentaire) n'a jamais pu prétendre à une gloire comparable à celle de la Flandre Bourguignonne, de la Vénétie ou de la Bourgogne Française pour la simple raison que le facteur humain lui a toujours fait défaut (encore aujourd'hui, les 2/3 de la Lorraine Romane sont faiblement peuplés et je ne parle même pas de la Guerre de 30 Ans qui a effacé 60% de la population Lorraine en son temps...) car elle a toujours été un champ de bataille ou bandes de mercenaires, épidémies et famines ont quasiment réduit à néant ses perspectives d'essor...

Vous m'avez l'air d'être amateur comme moi d'Histoire ainsi je pense que vous ne me contredirez pas sur les points que je viens d'exposer.

En tout cas, c'est dommage que la jonction des terres Bourguignonnes (Nederland au Nord et Duché et Comté au Sud) n'ait pu se réaliser par la faute, entre autre, de l'Eternel Français car c'est à mon avis ce qui aurait sauvé la Lothringen et aurait renforcé considérablement la Bourgogne contre la puissance française...

Vercingetorix a dit…

Cher ami,
excusez la virulence de mon propos qui était essentiellement dû à la déception que j'avais éprouvé au cours de mon séjour à Epinal, et je constate que vous partagez ce me semble le constat que je dresse sur la morosité de cette ville.
Il est vrai que la mort du Téméraire me reste aussi en travers de la gorge, mais au fond ce sont les lois de la guerre, et ce sont les Français et non les Lorrains qui ont ensuite envahi la Bourgogne.
J'espère donc que vous me pardonnerez cet écart et cette imprécision, ainsi que la rareté de mes interventions, mais étant données le travail qui m'accable je ne pourrai republier régulièrement qu'à partir de juin.
Tchuss !

Lothringer Lorrain a dit…

Aus Lothringen, voilà des termes bien gratuits, réducteurs et insultants envers les Lorrains du Sud et de l'Ouest placés en première ligne face aux appétits français.

Le ventre des bourgeois de Metz est lui aussi fort bien grassouillet. Ce n'est pas lui qui nous a sauvé.

Les exemples et contres exemples historiques de défaites et acceptations de la main mise étrangère que les différentes factions de Lorraine pourraient se renvoyer sont nombreuses.

Néanmoins,

Parmi les symboles d'unité de de volonté de liberté de la Nation Lorraine, le fort de la Mothe est sans conteste le plus flamboyant ; au point que Mazarin fit raser le site eu que la république le plaça en Haute Marne, espérant nous priver de l'inspiration qu'il pourrait insuffler aux aventureux Lorrains, qu'ils soient germanophones ou romans (les Ducs n'ont jamais porté atteinte aux identités locales)et qu'il viennent des anciens duchés (lorrain ou barrois) ou des trois évéchés.

Ce fort, les "franchouillard ventripotents" du Duché de Lorraine s'y sont battus à maintes reprise contre les envahisseurs.

L'histoire de la Lorraine est riche, et tout propos réducteurs (du genre, "il y a trois Lorraine, deux qui valent le coup et une qui pue") est à proscrire en tant que facteur de dissensions. Un tandem Metz-Nancy, un effacement des départements et la prise en compte des identités local et particularismes historiques (toulois, barrois, vosgiens, germanophone, etc...) est rationnellement à privilégier.

La morosité d'Epinal, et de beaucoup de villes lorraines sinistrées, que tous constatent, est due au fait que ces régions furent le champ de bataille que se choisirent régulièrement les puissances européennes, spécialement la France, et à la liquidation de l'industrie.

Ce qui aurait pu sauver la Lothringen aurait, à mon sens, été la soumission de notre nation unifiée au Saint Empire Romain Germanique plutôt qu'un fusion avec les terres bourguignonnes. Cette deuxième solution aurait créer un ensemble trop peu cohérent et cerné comme jadis entre deux ennemis potentiels. Vous réprouvez déjà tout un pan de la Lorraine et vous voudriez une unification avec des terres encore plus lointaines ?

Une grande Bourgogne libre et une
grande Lorraine libre, unifiée au sein d'un Saint Empire pour faire front au centralisme français, n'est ce pas une belle idée ?