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vendredi 22 octobre 2021

Les Menhirs d'Epoigny

 Connaissez-vous les menhirs d'Epoigny ?

Je m'en vais vous les faire découvrir.

jeudi 19 novembre 2020

Fléaux en Bourgogne

 Nous au mois de novembre de la sinistre année 2020 après la naissance du Christ.

Le virus couronné exerce ses ravages dans le monde entier, fauche les vieillards comme des mouches et contraint le monde à rester cloîtrer dans sa demeure.

La Bourgogne, elle non plus, n'est pas épargnée par la maladie, et les Bourguignons se trouvent eux aussi assignés dans leur maison, sans pouvoir en sortir, tandis que l'épidémie continue de se répandre. 

Ô malheureuse Bourgogne !

Ce n'est pourtant pas le premier fléau qui vient frapper ton peuple.

Déjà, aux alentours de l'an mil, on s'en souvient encore, une terrible famine avait frappé le monde et contraint les Bourguignons à connaître les plus effroyables tragédies pour assurer leur survie. 

Raoul Glaber nous l'a raconté dans ses chroniques. Je les ai illustrées en vidéo.


Que Dieu fasse miséricorde à la Bourgogne !

mardi 29 septembre 2020

Aux sources de la Seine

Quelque part en Bourgogne, jaillissent les sources de la Seine. 

Nos ancêtres gaulois du peuple des Lingons, l'adoraient autrefois sous le nom de la déesse Séquana. 

Les chrétiens la prièrent à travers le culte de saint Seine qui, d'après la légende, donna naissance à ce cours d'eau par un coup de patte de sa mule.

A leur suite, à notre tour, nous venons rendre hommage à cette source sacrée. 



mardi 22 novembre 2016

Le MLB à travers les siècles

Voilà déjà quelques années que le Mouvement de Libération de la Bourgogne (le MLB) porte son message de liberté un peu partout en Bourgogne, et même au-delà, et pourtant, croyez-le ou non, il m'arrive encore de discuter avec de fieffés gougnafiers qui s'étonnent de l'existence d'un mouvement indépendantiste bourguignon.
- La Bourgogne, indépendante ? Mais d'où vient une idée pareille ?
Il faut vraiment méconnaître la Bourgogne pour poser une question pareille.
Tout le monde sait que la Bourgogne a connu de nombreuses périodes d'indépendances, qui furent aussi longues que glorieuses, mais ce qu'on ignore, c'est que même après son annexion au royaume de France, la foi de Bourgogne est demeurée vivante au coeur des enfants de la Bourgogne.
J'étais l'autre jour en train de compulser un vieux manuscrit daté de 1897 que j'avais déterré dans un recoin poussiéreux de ma bibliothèque, (et que l'on peut consulter ici), et voici ce que j'y lus :


Il y avait chez beaucoup d'entre eux un petit fond, nous dirions d'irrédentisme, si le mot ne devait paraître un peu fort. L'annexion de la province, sous Louis XI, s'était faite, en somme, après la mort de Charles le Téméraire, sans trop de difficultés. Néanmoins, les partisans de la princesse Marie avaient conservé des espérances pendant longtemps, et, sans admettre désormais, c'était certain, la possibilité d'une séparation d'avec la couronne, plus d'un Bourguignon rêvait encore, au dix-septième siècle, d'une province à peu près maîtresse de ses destinées, d'une Bourgogne perpétuant seule, dans une sorte d'indépendance assez indéfinissable d'ailleurs, les longues traditions de gloire qu'elle tenait de ses « grands ducs d'Occident !»
Aujourd'hui encore, il n'est pas si rare qu'on le pourrait supposer de rencontrer des Bourguignons convaincus, qui regrettent l'absorption totale et définitive de leur pays par la France. Ils croient que leur art local, si personnel au quinzième siècle, que les lettres dijonnaises si brillantes alors, que la civilisation bourguignonne tout entière, en un mot, si elle s'était développée dans une complète indépendance, au lieu de se fondre dans la renaissance générale, aurait pu influencer le mouvement de celle-ci, en l'amplifiant, et en lui ajoutant un incomparable éclat.


Voici qui prouve sans contestation possible que, même de façon informelle, le Mouvement de Libération de la Bourgogne a toujours existé, et que les Bourguignons ont toujours aspiré à la liberté.
Vive les "Bourguignons convaincus" !
 Et vive les Bourguignons libres d'hier et d'aujourd'hui ! 




mardi 30 juin 2015

Le génie bourguignon

Pour la plupart des gens, le génie bourguignon se résume au vin et à la moutarde.
Une telle assertion n'est pas située aux antipodes de la vérité, puisque dans ces deux domaines, il est certain que les Bourguignons surclassent sans difficultés le reste de l'humanité. Néanmoins, c'est oublier un peu vite toutes les autres prodigieuses créations qui jaillirent de cet esprit fertile.
 Je me propose donc, dans ce court article, pétri de chauvinisme, de dresser la liste non exhaustive de toutes les grandes inventions bourguignonnes, afin de faire la démonstration de l'immensité du génie bourguignon (c'est-à-dire de notre génie !) :
  •  L'aiguille à coudre (c'est en Bourgogne en effet, à Solutré, que furent découvertes les premières aiguilles à chas. On peut donc dire que le textile est également une invention des Bourguignons, et que sans eux, nous serions encore vêtus d'inélégantes peaux de bêtes). 
  • Le propulseur (cet astucieux lanceur de flèches, très pratique pour chasser les mammouths et les bêtes sauvages fut lui aussi inventé à Solutré. Songez-y la prochaine fois que vous irez chasser un tigre à dents de sabre). 
  • La bière (comme il appert clairement dans cette chanson québecquoise, elle fut inventée par Jean-sans-Peur qui eut l'idée d'introduire le houblon dans la cervoise, que l'on confectionnait avec de l'orge). 
  • La crème de cassis. 
  • Le kir (inventé par le chanoine du même nom).
  • Les gougères. 
  • L’époisses. 
  • La béchamel. 
  • L'asperge, l'artichaut, le chou-fleur (c'est un cuisinier bourguignon qui le premier eut l'idée de cuisiner ces étranges légumes).
  • La morphine. 
  • La géométrie descriptive. 
  • La photographie. 
  • Le fusil photographique. 
  • Le moteur à combustion interne. 
  • Le Sphygmographe. 
  • Le pyréolophore. 
  • Le méridien sonnant. 
  • La bobine d'induction. 
  • L'échelle coulissante. 
  • La poésie en prose. 
  • La témérité (elle fut inventée par le duc Charles le Téméraire à la bataille de Nancy, le 5 janvier 1477. Avant cette date, seuls existaient le courage et, à la rigueur, l'intrépidité). 
  • La bonté (inventée par Philippe le Bon, qui, par son règne, mit un terme à 5000 ans de mesquinerie)
  • L'ivresse. 
  • Les torrents de foutres (ils furent inventés par Alexis Piron dans son Ode à Priape. Il n'existait avant cela que des jets de sperme, ou de banales écoulements jaculatoires). 
  • Le mouvement de Libération de la Bourgogne. 
  • Le ban bourguignon. 
  • Le boeuf bourguignon. 
  • Le bourgogne. 
  • Les Bourguignons. 
  • La Bourgogne. 
  • La joie de vivre. 
  • L'insouciance. 
  • La liberté. 
Gloire au génie bourguignon !

dimanche 10 mars 2013

Prophéties pour la Bourgogne

2012, on s'en souvient, fut l'année de la grande prophétie des Mayas, qui nous avaient annoncé, pour le 21 décembre, la fin du monde, où à tout le moins, un radical changement d'ère. Force est de constater que, depuis le 21 décembre 2012, le monde ne se porte pas fort mal, et que s'il y a eu un changement d'ère, celle qui a émergé ressemble bougrement à celle qui lui a précédé.
Cependant, si les Mayas n'étaient visiblement rien d'autre que de vulgaires escrocs, il est un homme dont les talents de visionnaires ne sont plus à démontrer, c'est Michel Nostradamus ! En plein milieu du XVI° siècle, cet apothicaire de haut renom composa un certain nombre de quatrains qui se sont révélés étonnamment prophétiques.
Qu'on en juge.
250 ans avant son avènement, Michel n'avait-il pas prédit, et avec précision, la venue au monde de Napoléon 1er dans les lignes suivantes ? :

Cent.1 - 60
Un Empereur naîtra près d'Italie,
Qui à l'Empire sera vendu bien cher,
 Diront avec quels gens il se rallie,
Qu'on trouvera moins prince que boucher.

De plus, Nostradamus n'avait pas seulement prédit l'avènement de l'empereur, il avait également prédit, avec une redoutable clairvoyance, sa chute, et son exil temporaire sur l'île d'Elbe, qui préluda à sa défaite définitive  ! Voyez plutôt :


Cent. 1 - 32
Le grand empire sera tôt translaté
En lieu petit, qui bientôt viendra croître :
Lieu bien infime d'exigu comté,
Où au milieu viendra poser son sceptre.

Mais ces augures sont encore peu de choses. D'une manière toujours plus époustouflante, avec cette fois quatre cents d'avance (!), le père Nostradamus, parvint à prédire, avec d'irréfutables détails, la révolution islamique d'Iran de 1979, au cours de laquelle l'ayatollah Khomeiny, après un exil en France, renversa la famille royale. Lisez ceci :

Cent.1 - 70
Pluie, faim, guerre en Perse non cessée,
La loi trop grande trahira le monarque,
Par là finie en Gaule commencée,
Secret augure pour à un être parque.



Même les plus sceptiques d'entre nous ne sauraient manqué d'être troublés par de semblables coïncidences. C'est donc toujours avec profit que l'on peut se plonger dans les quatrains de cet extravagant médecin.
Or, l'autre jour, en compulsant fiévreusement les pages sibyllines de ces fantastiques prophéties, je m'aperçus que Nostradamus avait émis un certain nombre de prédictions sur la Bourgogne qui m'ont paru du plus grand intérêt, et que livre à votre attention.
Disons d'abord tout net que ses oracles bourguignons ne sont pas tous des plus heureux, que des heures violentes ne sont d'ores et déjà conjecturées.
Ainsi, Michel fait cette lugubre annonce :

Cent. 1 - 80 
De la sixiesme clair splendeur celeste,
Viendra tourner si fort en la Bourgongne,
Puis naistra monstre de très hideuse beste,
Mars, Avril, May, Juing, grand charpin et rongne.


Que sera-ce que cette hideuse beste dont il est ici question ? Nostradamus faisait-il allusion à la venue de François Hollande qui doit en effet se tenir demain, à Dijon ? Ou bien s'agirait-il d'un monstre pire encore ? François Rebsamen tiendra-t-il compagnie au président français ?
Difficile à dire, mais nous ne sommes pas pressés de voir s'accomplir un tel cauchemar.
Fort heureusement, tous les quatrains qui concernent la Bourgogne ne sont pas du même tonneau. Certains sont même beaucoup plus réjouissants, comme celui-ci :

Cent. 4 - 17
Changer à Beaune, Nuy, Chalons et Dijon.
Le Duc voulant amender la Barée,
Marchant près fleuve, boisson, bec de plongeon.
Verra la queue : porte sera serrée.

Oui, vous avez bien lu : Nostradamus parle bel et bien d'un duc de Bourgogne ! Nous reverrons donc bientôt le grand duché renaître ! N'en doutons plus ! Et avec quel duc  ! Un duc pris de boisson, bien ivre, se promenant le long de la Saône et choyant ivre mort dans la flotte ! bref, un duc bien bourguignon tel que nous l'appelons de nos voeux.
Ah puissions nous voir bientôt cette "queue" et cette "porte fermée" !

Michel promit en outre à ce duché à un grand destin européen. Il composa en effet ces vers :

Cent. 2 - 74
De Sens, d'Autun viendront jusques au Rosne,
Pour passer outre vers les monts Pyrennees,
La gent sortir de la marque d'Anconne,
Par terre et mer suivra à grand traines.


Oui, tout indique que les Bourguignons, à nouveau se lèveront, sortiront de leurs frontières et marcheront glorieusement vers le Sud, comme leurs ancêtres les Burgondes. Heures exaltantes en perspective !

Marcher hors de ses frontières. La Bourgogne en aura-t-elle le pouvoir ? Pour Nosttradamus, cela ne présente pas le moindre doute. Il nous est en effet annoncé que dans l'avenir, le pouvoir bourguignon sera terrible ! Ce quatrain, riche d'espoirs, nous le garantit : 

Cent. 2 - 76 
Foudre en Bourgongne fera cas portenteux,
Que par engin oncques ne pourroit faire,
De leur senat sacriste fait boiteux,
Fera scavoir aux ennemis l'affaire.


Oui vous avez bien lu : un jour, la Bourgogne se dotera d'une arme redoutable, que nul autre pays ne saura imité et qui s'abattra comme la foudre sur ses ennemis ! Oui nous ferons "savoir à nos ennemis l'affaire" ! La Bourgogne sera bientôt l'une des plus grandes puissances militaires de ce continent  Tremblez bouffeurs de crapauds ineptes, car votre règne en Bourgogne, touche bientôt à sa fin ! Nostradamus vous l'annonce !

Ainsi, ces géniales prophéties  rejoignent presque en tous points celles du Mouvement de la Bourgogne Libre et coïncident parfaitement avec la logique historique. L'étude de l'Histoire, l'analyse politique et l'astrologie parlent d'une même voie, elles aboutissent toutes à la même irréfragable conclusion : la Bourgogne sera libre !



"Hexagone sera bientôt brisé
Les buveurs d'eau seront tout desconfyts
Grand vin bu sera en moult quantité
Par les vainqueurs grisés et esbaudis"
Prophétie du M.L.B.

lundi 3 septembre 2012

Dijon à travers l'Histoire

Voici quelques images de la capitale bourguignonne, telle qu'elle a traversé le cours houleux de l'Histoire récente, et qu'il m'est inutile de commenter, tant leur beauté est éloquente.

Voici donc Dijon en 2012 :




Dijon en 1950 :



Et Dijon, en 1944 :


02.06.1944 - Le Maréchal Pétain à... par oidoxie148

mercredi 18 juillet 2012

Huysmans nous parle de de Dijon

Dans son roman L'oblat, publié en 1903, l'écrivain Joris-Karl Huysmans nous parle de Dijon, et plus particulièrement, de la menace de francisation qui pèse sur cette illustre ville bourguignonne. Il n'y a, je crois, rien à retrancher à son point de vue.
Il aimait l’atmosphère intime et la gaieté de bonne commère de Dijon ; il aimait l’accueil avenant et empressé de ses boutiques, la vie populaire de ses rues, le charme un peu désuet de ses vieilles places et de ses squares plantés de grands arbres et parés de jolies fleurs. Malheureusement, il commençait à en être de cette cité de même que des autres villes qui s’ingénient à simuler la redondante laideur du Paris neuf ; les anciennes rues disparaissaient ; de nouveaux quartiers surgissaient de toutes parts, avec des bâtisses insolentes avançant des balcons chambrés, à l’anglaise, dans des boîtes de fer, aménagées de carreaux de couleur, distribués en cases de jeu de dame, par des losanges divisés de plomb ; l’impulsion était donnée ; en trente ans, Dijon avait plus changé qu’en plusieurs siècles ; il était sillonné maintenant d’amples avenues baptisées de ces noms délabrés de Jean-Jacques Rousseau et de Voltaire, de la république et de Thiers, de Carnot et de la liberté et, pour comble, une statue de cette bruyante ganache de Garibaldi s’élevait, évoquant, dans le coin d’un carrefour pacifique, le souvenir d’un chienlit de guerre, ignoble. La vérité était qu’à l’ancien bourguignon, religieux et boute-en-train, égrillard et frondeur, s’était substitué un autre Bourguignon qui avait conservé ses qualités de terroir mais avait perdu son étampe originale, en perdant la foi. Dijon était devenu en même temps que républicain, indifférent ou athée. La bonhomie et l’alacrité demeuraient, mais la saveur de ce mélange de naïve piété et de liesse rabelaisienne, n’était plus ; et Durtal ne pouvait s’empêcher de le déplorer un peu.

lundi 5 décembre 2011

Quand la Bourgogne inventa la bière belge

Bourgogne, Bourgogne, Bourgogne !
Que l'on prononce ton nom et aussitôt il nous prend l'envie de boire du vin !
La Bourgogne, le monde entier le sait, c'est le pays du vin, le jardin d'éden où le pinard coule en flots plus abondants que l'eau même.
En revanche, ce qu'on sait moins, c'est que la Bourgogne a aussi joué un rôle capital dans l'Histoire de la bière. Heh oui !
Cette Histoire nous ramène en l'an de grâce 1406. Jean sans Peur régnait alors sur le grand duché de Bourgogne depuis déjà 2 ans, et, au cours d'un été particulièrement aride, il décida d'aller se délasser sur ses terres belges pour s'y désaltérer quelque peu.


A cette époque la bière telle que nous la connaissons n'existait pas encore. Le nom même n'en n'avait pas encore été inventé et on parlait de cervoise, que l'on préparait principalement avec de l'orge. Ce breuvage était alors réputé pour ses exécrables qualités gustatives. Ainsi Aldebrandin de Sienne écrivit en 1256 qu'elle était connue pour "endommager la tête et l'estomac, provoquer une perte du souffle et ruiner les dents". Sa couleur était kaki quant à son goût il était amer, âcre et vomitif. Autant dire que ce breuvage ne jouissait pas d'une excellente réputation, même si l'on en buvait beaucoup pour la simple mais excellente raison qu'il contenait de l'alcool.

Puis vint cette fameuse année 1406. Comme je l'ai déjà dit, l'été y était excessivement chaud, et notre courageux duc souffrait d'une grande soif. Il s'assit donc à une terrasse de sa bonne ville de Bruges et commanda une boisson bien fraîche. Comme il souhaitait se faire apprécier de ses sujets belges il exigea la plus typique possible. Or à cette époque la Belgique était réputée dans toute l'Europe pour... son lait ! On lampait du lactose soir et matin. Les laitiers belges étaient les plus fameux Les pâturages flamands bien fournis faisaient l'envie de tous les nourrissons d'occident.
Or si le lait et hautement recommandé pour sa forte teneur en calcium, il présentait pour le palais de notre duc un inconvénient non négligeable : c'est qu'il est absolument dépourvu de la moindre portion d'alcool. Pas le moindre éthyle dans le lolo : nada !
Le seul point commun qu'il existe entre le lait et l'alcool, c'est que si l'on en boit trop, il nous prend l'envie de dégueuler. Mais pour ce qui est de l'ébriété, faites en l'expérience, l'alcool donne des résultats nettement plus satisfaisants.
Aussi, écoeuré de ne pouvoir étancher sa soif avec un peu de bibine, Jean sans Peur décida de donner à la Belgique une boisson nationale qui fût alcoolisée. Comme il possédait déjà les meilleurs vins de toute la chrétienté avec son duché de Bourgogne, son choix se porta sur la cervoise. Il décida d'en généraliser la production. Seulement il restait un inconvénient de poids : son épouvantable saveur. Alors, d'un éclair de génie, Jean sans Peur exigea que l'on remplaçât l'orge, qui entrait dans sa fabrication, par du houblon et baptisa ce nouveau breuvage du nom de bière. Pour réaliser ce formidable projet, il fonda l'ordre du houblon et choisit de prendre cette plante comme emblème personnel. Le succès fût immédiat et on peut, aujourd'hui encore en apprécier les résultats en lampant une bonne vieille gueuze bien fraîche.

Sur cette image, on voit Jean sans Peur arborer ses deux emblèmes : le rabot, signe de son opposition au duc d'Orléans, et le plant de houblon, symbole de son alcoolisme.

Cette histoire nous rappelle que lorsque la Belgique et la Bourgogne étaient regroupés, ils pouvaient produire les meilleurs breuvages du monde.
Aussi la prochaine fois que vous boirez une bonne petite binouze : ayez une pensée reconnaissante pour Jean sans Peur !

Pour conclure voici une petite musique d'électro québecquoise qui nous rappelle le rôle héroïque de Jean sans Peur dans la fabrication de la bière :

jeudi 10 novembre 2011

La Bourgogne se divise

Chaque année, et ce depuis déjà 577 ans, ce qui commence à faire une petite paye, on voit revenir à la surface le même débat, la même dispute, insoluble, entre les Bourguignons. Chaque année c'est la même discorde qui renaît.
Ainsi, pas plus tard que ce matin, alors que je buvais un petit kir en guise de petit déjeuner (rien de tel pour entamer la journée avec entrain) j'assistais à cette scène, si familière, et qui devait se jouer, au même instant, dans d'innombrables troquets bourguignons :
Deux hommes, dont la très forte érubescence nasale révélait clairement leur faible dilection pour l'eau minérale, se serrèrent jovialement la pogne et s'invitèrent mutuellement à lamper un peu d'éthyle. On aura compris que je ne manquai pas d'approuver intérieurement l'excellence de leur décision. Pourtant rapidement, le dialogue se mit à tourner aigre. Le voici, tel quel que je l'ouïs :
- Tiens, Dédé, comment ça va vieux dégueulis ?
- Tiens Julot, vieille rognure d'ongle, ça fait une paye qu'on ne t'avait pas vu.
- Et comment ! Ça s'arrose, non ?
- Un peu mon n'veu. Qu'est-ce que tu bois ?
- Ah, tu sais qu'avec ma quintuple cirrhose, je dois faire gaffe, il faut que je me surveille.
- Bah, un petit kir, ça n'a jamais fait de mal à personne. Surtout à 9 heures du matin !
- Ah t'as raison tiens. On n'est pas des Français après tout.
- Manquerait plus que ça. Tiens tu m'en diras des nouvelles.
- Allez à la tienne vieille aisselle !
- A la tienne vieux sphincter ! Et à la santé de Charles le Téméraire surtout, car c'est son anniversaire.
A ces mots, le ci-dessus-nommé Julot reposa son verre et devint aussi blême qu'un pastis. Je crus un instant que c'était là un effet de son foie cancéreux, mais la suite de leur conversation me prouva qu'il n'en n'était rien.
Interloqué, son camarade l’interpella :
- Heh ben qu'est-ce qu'y te prends Julot ? Tu n'bois donc pas ? Tu n'veux donc pas honorer notre bon duc ?
- Si fait, mais je souhaite l'honorer à l'heure qu'il sied et non à des jours indus.
- Bah, et dis moi quel meilleur jour pour célébrer son anniversaire que celui du jour de sa naissance.
- Aucun.
- Alors trinquons !
- Non.
- Et pourquoi non ?
- Parce que Charles le Téméraire n'est pas né le 10 novembre, mais bien le 11 !
- Le 11 ! J't'en ficherais moi des 11, heh onziste de mes deux !
- Minable dixophile !
Après cet échange de mots aimables, Julot expédia le contenu de son godet au visage de Dédé, qui répliqua en décochant un formidable coup de poing dans son foie cirrhosé qui terrassa son camarade. Dédé acheva son verre de kir d'une traite et quitta l'estaminet tout à fait discourtoisement, sans même prendre la peine de dire au revoir à son ami, qui gisait inerte sur le carrelage.

Quand naquis-tu donc, ô grand duc ?

Heh oui, comme chaque année la Bourgogne se divise entre les dixophiles et les onzistes, entre ceux pour qui notre grand duc, Charles le Téméraire est né le 10 novembre et ceux pour qui il naquit le 11. La bataille fait rage, et ce depuis longtemps, entre ces deux camps, véritablement inconciliables.
On dit même qu'en certains coins de la Bourgogne, il existe quelques douzolâtres, tout à fait hérétiques et heureusement fort minoritaires.

Les dixophiles appuient leurs idées sur les travaux de Henri Pirenne, le plus grand historien belge, Philippe de Commynes, historien du XV° siècle, non contemporain des faits et à tendance francophile, ou encore Prosper de Barante, auteur d'un immense ouvrage d'histoire sur les ducs de Bourgogne, remarquable mais souvent trop romancé.

Mais les onzistes ne sont pas en reste puisqu'ils ont de leur côté Jospeh Calmette, le plus grand historien de la Bourgogne, Paul Bonenfant et Jean-Marie Cauchies, deux historiens belges, ainsi qu'Enguerrand de Monstrelet, chroniqueur du XV° attaché à la maison Bourgogne . En outre, argumentent-ils, le choix du 11 novembre présente cet avantage que ce jour est déjà férié, et qu'il est plaisant d'imaginer que pendant ce jour, si les anciens combattants défilent, c'est aussi pour rendre hommage à leur glorieux suzerain.

La ville de Dijon elle-même, par le biais d'une plaque commémorative semble afficher ouvertement ses opinions dixophiles.


Le débat n'est sans doute pas prêt de prendre fin, tant il enflamme les passions. Je pus encore le constater en discutant de la question avec un ami, bourguignon libre bien sûr et natif du 10 novembre.
- C'est curieux, lui dis-je, que nous ne sachions pas avec certitude la date de naissance du personnage le plus illustre de l'histoire de la Bourgogne.
- Curieux ? Je ne vois rien de curieux là dedans, Charles naquit le 10 novembre, tout comme moi. Il n'y a là aucun mystère. Ce qui est curieux, c'est que certains jean-foutres s'acharnent à contester cette vérité, ces fumiers de onzistes, ces ordures, ces....
Mon ami devint alors rouge comme un verre d'Irancy, il se mit à trépigner et à verser des torrents de bave, avant de se rouler par terre en tapant rageusement du poing.
Je crus bon de changer de sujet de conversation.

Devant une polémique d'une telle ampleur, le MLB ne peut évidemment pas prendre de position officielle, quoique chacun de ses membres ait son idée sur le sujet. Après tout, Dixophiles et onzistes sont tous des Bourguignons, appelés à s'unir sous la même bannière : celle de la Bourgogne Libre.

lundi 17 octobre 2011

Pèlerinage à Vézelay

C'est l'automne en Bourgogne. Les vendanges ont pris fin. Le ciel est pâle et l'air humide. La rosée s'élève des herbes grasses comme une prière qui monte vers Dieu. Les dimanches sont immobiles. Une lumière froide inonde la nature, parfumée de feuilles mortes. Tout est mystique en cette saison grandiose. Mon âme de satyre appareille pour les limbes. Oui, je sens, par ces dimanches éternels, que le Seigneur m'appelle.

On oublie trop souvent que si la Bourgogne est une terre de bacchanales sans fin, c'est aussi une terre mystique, où les arts roman et gothique se sont épanouis, où naquirent tant de saints (Bernard, Andoche, Germain !) et qui donna même plusieurs papes à la chrétienté (Calixte II, Nicolas II). La Bourgogne a, comme tous les pays, ses lieux de culte, ses lieux saints et ses lieux de pélerinage : Cluny, Citeaux, Paray-le-Monial...

Mais c'est vers la plus sainte de toutes les églises bourguignonnes que je me sentis happé ce jour-là : la basilique de Vézelay !
Répondant à l'appel divin, je me munis de mon bâton de pèlerin et partis derechef sur les routes du Morvan, semblable à un nouveau Saint-Jacques, à cette différence près que, contrairement à ce courageux apôtre, mes pieds n'étaient pas nus, mais moelleusement enfoncés dans une paire de chaussures italiennes rutilantes, elles-mêmes confortablement installées sur le plancher d'une automobile (quoiqu'on en dise, les voitures constituent un moyen de locomotion autrement plus confortable que l'éreintante marche à pied, même si les vertus pénitentes du pèlerinage sont un peu amoindries par le caractère éminemment douillet et fort peu chrétien d'un siège en cuir).

Les routes du Morvan offrent à l'admiration de remarquables paysages champêtres, mais elles zigzaguent bougrement, à tel point qu'après les avoir arpentées pendant plusieurs kilomètres, mon visage devint presque aussi vert que le décor. Au fur et à mesure que nous serpentions sur ces routes sinueuses, je vis mon visage arborer différents chromatismes, passant du jaune au pourpre tandis que mon repas entreprenait avec succès l'ascension de mon oesophage. J'étais sur le point de rendre sa liberté au poulet que j'avais ingurgité, quand je fus frappé d'enthousiasme par le spectacle qui s'offrait à moi.

Vézelay ! C'était elle ! La basilique couronnait avec majesté la colline verdoyante ! Quelle émotion ! C'était donc là que vint finir ses jours l'illustre Girart de Roussillon, cet illustre duc de Bourgogne qui fonda le premier monastère de Vézelay et dont les chansons de geste nous racontent qu'il passa sa vie à guerroyer contre les incursions du roi de France, en véritable prédécesseur de Charles le Téméraire.
Rendu béat par la beauté, j'en oubliais mes problèmes gastriques et c'est avec la plus fébrile des excitations que je pénétrai dans le village, que j'en grimpai la grande rue pour me ruer dans l'église comme un affamé dans une cantine.

Après la première déception causée par la façade mal refaite, je pénétrai dans le narthex où s'offre un portail au tympan splendide, où trône un Christ en majesté, magnifique, grandiose, mais dont la forme est curieusement aplatie, un peu comme si le fils de l'Homme était passé sous un rouleau compresseur.
Les plis de ses vêtements forment de véritables tourbillons et nous indiquent la haute antiquité à laquelle remonte cette oeuvre d'art : celle d'une époque où l'on n'avait pas encore inventé le fer à repasser.


Mais c'est à l'intérieur de la basilique que le spectacle est le plus surprenant. En effet, la nef à double étage aux grandes arcades en plein cintre est soutenue par une immense galerie de colonnes dont les chapiteaux sont décorés de tout un univers grotesque, fantastique, burlesque et même pornographique ! Alors que l'on s'attend à débouler dans un environnement chaste et pieux, on débarque dans un véritable lupanar du XII° siècle !
Qu'on en juge. J'en ramenai quelques photographies qui pourraient figurer en bonne place dans une revue à vocation masturbatoire.


Ainsi sur cette image, peut-on voir un homme tâcher d'en violer en autre en lui baissant son pantalon pour dévoiler son postérieur, ce à quoi la victime réagit avec pétulance en lui tirant les cheveux et en lui plantant un triple décimètre dans la gorge.

Ce chapiteau figure très distinctement une femme nue en train de peser divers objets. Je vous pose la question : s'agit-il véritablement d'une tenue décente pour se livrer à une telle mesure ?


Ici un un satyre ébouriffé fait dire "Camion" à une jeune fille prude pour mieux lui caresser les tétons bien lubriquement.

Là c'est un homme entièrement nu que l'on trouve dans une position pour le moins équivoque avec une plante verte.

Cette scène plus curieuse encore (et que l'on peut mieux observer en cliquant dessus) nous montre un moine hermaphrodite qui dévoile deux mamelons alléchants à ses confrères, comme pour montrer la qualité de sa marchandise charnelle dans un commerce putassier.

Ici on voit une femme tellement dévorée par des désirs lubriques qu'elle tire sur ses deux seins, avec une telle force qu'elle est parvenue à s'en arracher un, tandis qu'un serpent visqueux, ô métaphore phallique, vient se glisser entre ses cuisses.

Là, un moine totalement dépravé poussa la crapulerie jusqu'à donner une forme humaine à ses phantasmes zoomorphiques.
A moins qu'il ne s'agisse d'une métaphore misogyne qui viendrait nous suggérer que la femme n'est qu'une grosse vache ?

Mais il serait trop long de vous décrire tous les chapiteaux de ce temple et ces quelques photos devraient suffire à vous convaincre que le stupre y dégoulinait partout à même la pierre :




Ainsi, alors que je n'étais entrer dans ce saint lieu que pour prier et méditer, je me trouvais au milieu d'une véritable orgie minérale, et loin d'être dans un état mystique, je bandais comme un gorille, prêt à sauter sauvagement sur toute forme un tant soit peu féminine.
Fort heureusement j'étais en compagnie de ma mère ce qui me contraignit à modérer mes ardeurs ithyphalliques.

Autour de moi, les visiteurs ne paraissaient pas moins stupéfaits. Une jeune japonaise rougissait derrière son appareil photo (ou plutôt orangissait, puisque le rouge de son émotion venait se mêler à la flavescence de sa pigmentation). Deux Américains puritains lancèrent un tonitruant "Shocking"' avant de quitter les lieux précipitamment en claquant derrière eux le portail de la basilique.

Comment expliquer qu'un lieu saint soit décoré de manière aussi peu chrétienne ? S'agissait-il d'un ancien temple de Vénus ? Les religieux de Vézelay sont-ils plus lubriques que les autres ? L'église fût-elle construite par une communauté de cénobites pervers ?

C'est dans la crypte de la basilique de Vézelay que je découvris le fin mot de cette énigme. En effet, en empruntant l'un des escaliers qui se trouvent de part et d'autre du choeur, je pus descendre dans cette crypte antique où je découvrir avec stupéfaction... un os de Marie Madeleine, enchâssé dans un somptueux reliquaire d'or.

Marie Madeleine ! La sainte patronne des prostituées ! La plus fameuse baiseuse du Nouveau Testament ! L'illustre catin de Judée qui fit bander le Christ en personne !
On se souvient que cette femme, dont on disait qu'un dromadaire pouvait passer dans son trou tant il était élargi, ému Jésus par ses manières et que ce divin personnage, d'un geste généreux, lui épargna la lapidation que quelques esprits un peu chagrin lui destinait, et qu'Il lui pardonna tous ses pêchés.
Dieu témoignait ainsi qu'à ses yeux, les pêchés de la chair n'étaient que véniels et que l'on pouvait s'en amender.
Ainsi par le truchement de cet os, la Bourgogne toute entière voyait tous ses pêchés de luxure pardonnés, et c'est pourquoi la Bourgogne est tout à la fois lubrique et catholique, car Dieu lui-même, par cet ossement, nous signifiait qu'à son regard divin : tout serait pardonné. Que celui qui n'a jamais pêché jette à la Bourgogne la première pierre.
En possédant le saint os de cette catin sacrée, la Bourgogne pouvait croire que l'amour à la bourguignonne avait l'aval de Dieu Lui-même, et c'est ce que les chapiteaux pornographiques de Vézelay signifiaient avec une force de persuasion peu commune.

Je quittai donc Vézelay, l'esprit illuminé par la mansuétude infinie du Christ, hypnotisé par la beauté de la basilique, l'esprit au ciel et le sexe sur la terre.

lundi 25 juillet 2011

Un amateur de gallinacées nommé Gaston

Après vous avoir entretenu du chanoine Kir il me semble approprié de vous parler d'une autre figure non moins légendaire de la vie politique dijonnaise : Gaston Gérard !


Né à Dijon le 30 avril 1878, dans la rue de l'Amiral Roussin, à quelques mètres à peine de la mairie, le jeune Gaston nourrit très tôt une passion -qui devait peu à peu virer à la monomanie- pour les poulets ! Gaston raffolait de la volaille ! C'est bien simple, la vue d'une cocotte le plongeait dans l'extase, le piaulement d'une géline l'euphorisait à l'extrême et le goût d'un bon poulet bien rôti le faisait s'envoler vers les plus hautes cîmes de la volupté !


Gaston aurait rêvé de travailler dans un poulailler et d'habiter en Bresse, mais son père, Georges Adolphe Gérard, austère comptable réputé pour l'extrême méticulosité qu'il apportait à son travail, ne voyait pas la vocation de son gallinophile de fils d'un oeil très rieur. Plus d'une fois le petit Gaston fut privé de blanc de poulet à cause de ses extravagances volaillères. On le contraignit donc à faire des études de droit, qu'il accomplit brillamment du reste, et à devenir avocat.


Gaston traversa alors la période la plus sombre de son existence, menant la morne existence d'un serviteur du droit, sans cesser de songer à ses nobles volailles. Il se livra au cours de cette période à diverses expériences, pareil à un savant qui rechercherait l'absolu, pour trouver la recette parfaite pour accommoder le poulet. Il essaya tout : le sel, le poivre, le sucre, la menthe, les orties et même (un soir de désespoir) l'eau minérale.... Rien n'y faisait ! Le poulet idéal restait encore à mijoter.



"Mangez du poulet !" Gaston Gérard

C'est alors qu'il fit la rencontre d'une jeune fille nommée (c'est authentique !) : Reine Geneviève Bourgogne ! Cette jeune fille, aux moeurs plutôt légère, avait une fort mauvaise réputation parmi la bourgeoisie dijonnaise. Parce qu'elle était un peu volage, on disait d'elle qu'elle était... une poule ! Elle attira aussitôt Gaston qui lui exposa ses aspirations culinaro-galinacières. Le couple était en train de manger un lapin à la moutarde en buvant du blanc-cassis (on ne parlait pas encore de Kir à cette époque), quand Reine Geneviève eut cette idée : et pourquoi ne pas cuisiner le poulet à la moutarde ! Gaston bondit d'enthousiasme à cette idée ! La fille se mit aussitôt aux fourneaux, bazardant le lapin par la fenêtre. Gaston ajouta à la moutarde tout de ce dont il raffolait : du beurre, du fromage et de la crème !
Ce fut pour lui une explosion de joie !
Dès lors son alimentation ne se composa plus que de poulet et de moutarde, donnant à sa physionomie cette allure de volatile à laquelle se mêlaient des airs de plante de la famille des Brassicacées, comme en témoigne cette photo :

Une bouchée plus tard il demandait la jeune femme en mariage et la conduisit à l'église.
La recette du poulet à la Gaston Gérard devait connaître la gloire en 1930 lorsqu'on la fit goûter au célèbre Curnonsky, surnommé le prince des gastronomes.

Cette recette devait aussi redonner la joie de vivre à Gaston qui se lança avec succès dans la politique puisqu'il fut élu maire de Dijon en 1919. C'est à lui que l'on doit , la Foire gastronomique, le parc des Sports ou encore le lycée Hippolyte-Fontaine.

Politiquement, Gaston Gérard était un type plutôt rond, et si je devais symboliser sa psychologie par une figure géométrique je n'utiliserais certainement pas celle d'un parallélépipède rectangle. Certes non. Lui proposa-t-on la création du lycée Hippolyte Fontaine ? Il accepta. La création de la foire gastronomique ? Il accepta. Quand la gauche gagna les élections en 1928 c'est avec entrain qu'il accepta d'entrer dans ses rangs, et quand la droite les gagna en 1932 c'est avec le même entrain qu'il accepta de la rejoindre. Sa jovialité lui permit donc d'occuper fort longuement son poste de député et le mit à l'abri du chômage technique.
En 1940, c'est encore avec un enthousiasme non dissimulé qu'il accepta de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.
Certes les nazis avaient envahi les trois quarts de l'Europe, et ce par des moyens ultra-violents, mais à ses yeux, cela ne constituait pas une raison suffisante pour ne pas aller trinquer avec eux, aussi pendant la guerre pouvait-on régulièrement l'apercevoir aux terrasses des cafés en compagnie de ses camarades germanophiles et amateurs de choucroute.

Cette extrême bonhomie, Gaston devait la payer chère puisqu'à la Libération il fut condamné à l'indignité nationale par quelques résistants un peu grincheux. Il en fut fort marri mais se consola bien vite à l'aide d'un bon poulet, ce savoureux animal qui avait conservé son entière sympathie (en particulier lorsqu'il était mijoté à la moutarde).




Ô exquise consolation !

Aujourd'hui, certains journalistes à l'esprit revanchard, qui prennent courageusement le parti de la Résistance en cette année 2011, voudraient voir se poursuivre l'épuration et changer le nom du stade de Dijon, sous le prétexte que Gaston Gérard eut des sympathies pétainistes.


Le M.L.B., quant à lui, s'oppose farouchement à ce changement de nom. Le stade Gaston Gérard doit conserver ce nom illustre. Nous estimons en effet que la recette du poulet Gaston Gérard est un apport immense à la gastronomie qui suffit amplement à excuser les quelques erreurs que commit ce grand amateur de volaille et qui justifie que l'on continue à honorer sa mémoire ! Après tout, la cuisine n'est-elle pas plus importante que la politique ?
Vive Gaston Gérard et son poulet !

mardi 3 mai 2011

Saint Kir

On a beaucoup parlé ces derniers jours de la béatification de Jean-Paul 2, toutefois il serait bon que ces messieurs du Vatican se penchent sur un autre cas de béatification non moins urgent à célébrer : celle du chanoine Kir !
Notre bon chanoine accomplit en effet au cours de sa sybaritique existence un certain nombre de miracles qu'on aurait tort de dédaigner.
Consacrons-nous à son hagiographie.

Le chanoine Kir : un sacré boute en train au visage toujours allègre !

Le chanoine Kir vit le jour à Alise-Sainte-Renne le 22 janvier 1876 et reçut pour son baptême l'aimable prénom, très judicieusement choisi, de Félix, qu'il porta mieux encore qu'un célèbre félidé yankee de couleur bistre. Son enfance s'écoula aussi vite qu'une lampée de kir dans un gosier de Bourguignon, puis à l'âge de 25 ans il fut ordonné prêtre. Il prêcha ça et là, et notamment à Bèze, ville fameuse où plus d'un pêché de luxure se commet à chaque instant (Bèze se trouve en Bourgogne et ne saurait sans absurdité se trouver en quelqu'autre endroit de ce globe).
Partout où il officia, à Auxonne, Drée ou Nolay, il laissa le souvenir d'un curé jovial, assez porté sur la bouteille et dont la descente était pour ainsi dire christique. Presque toujours ivre du matin jusqu'au soir, puis du soir jusqu'au petit matin, Félix Kir était un curé proche de ses oilles et pas fier pour deux sous.
La proéminence de son appendice nasal témoigne assez de son heureuse façon de vivre.
Felix Felicitae est.


Le reste de sa vie terrestre est trop célèbre pour que je m'y attarde : pendant la Seconde Guerre Mondiale il parvint à faire s'évader plusieurs milliers de prisonniers de guerre français, il se fit capturer, puis il prit le maquis. Il survécu miraculeusement à plusieurs bastos que quelques allemands facétieux crurent malin de lui introduire dans le buffet (on n'a pas idée de la dangerosité d'une mitraillette tant qu'on n'a pas gouté quelques pruneaux, mais le chanoine Kir pourrait vous l'assurer : ces petites machines là peuvent faire bigrement mal !). Puis, fort de son aura de résistant il se fit triomphalement élire à la mairie de Dijon, puis à la députation, et construisit l'étendue aqueuse et éminemment liquide qui porte toujours son nom (je veux bien sûr parler du lac Kir).


Un petit documentaire sur Félix Kir, qui met l'accent sur sa religiosité et où il nous est donné d'entendre quelques beaux roulements de R.

Tout cela est fort connu de tous les Dijonnais et des services de la police allemande.
Ce qui l'est moins en revanche, c'est la partie mystique de l'existence du chanoine Kir. Car, quoique les sens jouèrent un rôle non négligeable dans son orgiaque séjour terrestre, le chanoine Kir n'en n'entretint pas moins un dialogue fort rapproché (une aimable causerie en somme) avec les forces célestes.


D'abord, et c'est un apport considérable à la pensée chrétienne, le chanoine Kir fût l'inventeur de la théologie anale.
Cette discipline, éminemment passionnante, quoiqu'encore injustement négligée, consiste à démontrer l'existence de Dieu à l'aide de son sphincter (en partant vraisemblablement du postulat mystique selon lequel les voies les plus triviales sont celles qui communiquent le plus étroitement avec le Ciel).
La théologie anale fût inventée à l'Assemblée Nationale un jour qu'un député matérialiste asséna au chanoine :
"_ Dieu ! Peuh ! Ca n'est rien que de la foutaise cette histoire là puisqu'on ne l'a jamais vu".
Alors, dans une illumination mystique et rectale, Kir énonça cette brillante vérité, qui posa les fondements de la théologie anale :
_ Et mon cul ? L'avez-vous vu mon cul ? Mirâtes-vous jamais mon postérieur ? Contemplâtes-vous ne serait-ce qu'une seconde le fond de mon rectum ? Non ? Et pourtant Il existe !".
Cette immortelle assertion suffirait je pense à élever le chanoine Kir au rang de Docteur de l'Église, mais celui-ci n'en resta pas là, il accomplit d'authentiques miracles.

Pour savoir ce qu'est un miracle authentique, souvenons nous d'un célèbre banquet qui se déroula du côté de Cana, dans les années 20. Un jeune Galiléen alors célébrait ses noces. Hélas celui-ci était un grand admirateur de la Gaule, et, de retour d'un voyage qu'il fit à Lutèce, il en avait rapporté des jarres entières d'eau minérale. Autant dire que l'ambiance était assez morose. Or parmi les convives se trouvait un jeune ivrogne, prénommé Jésus et qui s'ennuyait ferme. Il jugea que son père, qui avait créé l'univers, aurait pu le rendre bigrement plus divertissant en faisant un moindre effort, aussi il accomplit ce miracle inoubliable (qui mériterait d'être renouvelé à notre époque ô combien cananéenne) : il changea l'eau en vin (et probablement en vin de Bourgogne, même si les Evangiles n'ont pas pris la peine de le préciser tant la chose paraît évidente).
Voilà ce qui s'appelle un authentique miracle, tel que l'Église le reconnaît !

Tournée générale, c'est moi qui régale !

Deux millénaires plus tard, le chanoine Kir se trouva lui aussi à un banquet, non pas à Cana (et qu'eût-il été ficher à Cana ?) mais en Bourgogne, aussi était-il plus autrement plus joyeux que le précédent et l'on y buvait du vin blanc en abondance. Mais aussi joyeux fût-il, il ne l'était pas suffisamment pour notre bon chanoine pour qui la joie ne saurait connaître nulle forme de modération. Aussi, alors que le Christ avait changé l'eau en vin, Kir accomplit un exploit non moins miraculeux : il métamorphosa le vin blanc aligoté en kir !
Certes ce miracle était moins difficile à accomplir que celui du Christ, puisque Jésus a opéré une transmutation à partir d'un breuvage autrement moins alcoolisé, il partait donc avec un plus grand handicap, mais le résultat du miracle de Kir est autrement plus savoureux et pour vous en convaincre je vous invite à comparer le goût du kir à celui du vin blanc aligoté sec.
Pour cela seul il mériterait amplement la béatification, mais il n'en resta pas là.

Quelques années plus tard, en 1960, le dirigeant de l'URSS, Nikita Khrouchtchev, vint visiter la ville de Dijon. A l'époque, Khrouchtchev proposait ni plus ni moins que d'anéantir l'occident capitaliste sous le feu de ses ogives nucléaires Mais baste, une petite guerre thermo-atomique n'allait certes pas empêcher Kir d'aller boire un petit coup, aussi invita-t-il Nikita à boire un petit verre à la mairie de Dijon. Khrouchtchev, grand buveur, avait amené sa propre bouteille de vodka en s'imaginant qu'il aurait tôt fait d'envoyer Kir faire quelques pirouettes sous la table. C'était sans compter l'intervention divine. Kir s'empara de la bouteille de vodka et, sous le regard ébahi de l'ancien paysan de Koursk, métamorphosa son contenu en un savoureux double k : mélange de cassis et de vodka. Quelques verres plus tard, soufflé par le génie divin du chanoine, le dirigeant de l'URSS déposait au pied de la tour Philippe le Bon une colossale peau de renard avant de s'enfoncer dans un profond sommeil éthylisé.
Ainsi le maire de Dijon ne s'était pas contente de changer le vin en kir, il changea aussi la vodak en double k.
On dit qu'avant sa mort, Khrouchtchev, bien que farouchement matérialiste, murmura en râlant le nom de Kir, comme s'il avait été touché par ce souffle divin à l'haleine un peu chargé.




Avouez que l'Eglise catholique se montrerait bien scrupuleuse si elle ne reconnaissait pas là de véritables miracles !

Mais pour que la sainteté d'un homme soit reconnue par l'Eglise catholique, il est nécessaire que celui-ci réalise des miracles de manière post mortem.
Aussi chers lecteurs, la prochaine fois que vous souffrirez de la gueule de bois : invoquez le chanoine Kir et brûlez un cierge en invoquant son nom. Si par miracle votre migraine venait à s'évanouir, si la xylocéphalie disparaissait, c'est qu'alors saint Kir, le saint patron des lendemains de cuites, vous aura exaucé, et alors enfin, plus rien ne viendra s'opposer à sa béatification par la Sainte Eglise Catholique.
Saint Kir priez pour nous !
Et attendant sa canonisation, buvons des canons !

mercredi 27 avril 2011

Comment la France bafoue le kir

Je me trouvai pas plus tard qu'avant hier en territoire ennemi, c'est-à-dire en France, lorsque, abattu par la chaleur du soleil printanier, je m'assis à la terrasse d'un bistrot, bien décidé à me rafraichir le gosier.
Une serveuse, pâle, rachitique, désespérement sobre, vint s'enquérir avec mollesse du breuvage ce que je désirais ingurgiter. Je lui répondis avec fermeté (comme pour lui signifier le mépris en lequel je tenais son triste peuple) : "servez-moi un Kir !".
Alors qu'après avoir formulé cette réponse limpide je m'attendais à voir la serveuse se diriger avec diligence dans son café pour m'apporter le délectable breuvage dont j'avais fait la commande, la nigaude crut bon de palabrer de plus belle en me posant une question tout à fait saugrenue : "Kir fraise ou Kir framboise ?". Cette fois je n'y tins plus et je ne me contentis pas de sortir de mes gonds, j'en jaillis avec fureur :
"_ Cessez de m'importuner avec vos problèmes de jardinage ! Je n'ai que faire de vos fruits exécrablement rougeâtres ! J'ai commandé un kir et j'entends bien en boire ! Sachez que je ne quitterai votre établissement qu'en titubant !".
La serveuse repartit vers son comptoir en courant, tandis qu'un flot de larmes venait inonder ses yeux inexpressifs. Elle revint en direction de ma table, tremblante de frayeur, et déposa devant moi un verre. Je portai alors le récipient à mes lèvres et au lieu de sentir le goût tant espéré de la liqueur de cassis ma langue se plongea dans un verre de vin blanc contaminé par un écoeurant sirop de fraise archi-sucré. Je me levai alors de ma chaise et projetai l'éxécrable liquide à la face de la serveuse anéantie en lui assénant : "Avec les compliments du chanoine Kir !".
Je partis aussitôt sans même régler ma note, laissant derrière moi les cris de la serveuse désespérée. Je crus inutile de me retourner, ce en quoi je fis bien car les insultes des autres clients commençaient à fuser en ma direction.
Ainsi donc, en plein XXI° siècle, tandis qu'on ne cesse de nous parler des progrès de l'éducation dans le monde, il existait encore des personnes assez sottes pour ignorer que le Kir se prépare avec du cassis et non avec je ne sais quel sirop de glucose. Quelle misère !
Pour y remédier je décidai aussitôt de consacrer un article de ce site au chanoine Kir, que vous pourrez lire dès que je l'aurais écrit (c'est-à-dire la semaine prochaine).
En attendant, chers amis Bourguignons, restez vigilants, et refusez catégoriquement d'ingurgiter ces décoctions sournoises qui usurpent le beau nom de Kir.

Le seul kir véritable, tel que l'univers entier nous l'envie

Et pour rendre mon article plus pédagogique encore je crois utile de rappeler quelques équations éthyliques que tous les experts ès-soulographie se doivent de connaitre par cœur, ou plutôt par foie :

Bourgogne aligoté + crème de cassis = kir
Crémant de Bourgogne + crème de cassis = kir royal
Bourgogne rouge + crème de cassis = cardinal (si vous êtes religieux) ou communard (si vous êtes révolutionnaire)
Vodka + crème de cassis = double K
Whiskey + crème de cassis = Whyskas
Blanc aligoté + sirop Tesseire = pipi de chat
Eau minérale + sirop de menthe = franchouillard (le franchouillard se boit essentiellement en région parisienne).

samedi 6 novembre 2010

Le twitter de Louis XI

Depuis près d'un mois, mon détestable rival -le répugnant Louis XI d'haïssable mémoire- s'amuse à tenir un twitter, ce blog des pauvres d'esprit. En voici l'adresse :

http://twitter.com/Louis_XI

Non pas que je tienne à vous recommander ce sinistre personnage, bien au contraire, nous ne saurions suffisamment en maudire le souvenir.
Non, si je vous conseille cette méprisable lecture, c'est que dans ses messages, Louis XI y fait bien voir toute la franchouillardise ignoble de son esprit étriqué. Il nous aide à comprendre la mentalité de nos envahisseurs, et par contraste, il fait ressortir les différences fondamentales qui existent avec l'esprit bourguignon. En un mot, ce twitter c'est en quelque sorte l'âme éternelle de la France condensée dans un outil de microblogage.
Bon courage à ses lecteurs bourguignons pour supporter cette pénible épreuve !

samedi 24 juillet 2010

Sainte Alpais

Lequel d'entre nous n'a pas, dans sa famille, une ou plusieurs femmes prénommées Alpais ? Qui n'a jamais tenté de séduire une affriolante Alpais ? Qui n'a jamais rêvé de baptiser sa fille du délicat patronyme d'Alpais ? Qui n'a pas quelque part une vieille tante Alpais à laquelle on offre chaque année un bouquet de violettes (les Alpais raffolent des violettes !) ? Qui ne s'est jamais donné solitairement du plaisir en songeant à une délicieuse jeune fille nommée Alpais ?
Personne sans doute ! Ou presque !
Or, et c'est un chose trop ignorée, y compris des Alpais elles-mêmes, qui sont souvent étourdies (ce qui n'enlève rien à leur charme), mais Alpais est un prénom d'origine bourguignonne ! Heh oui, tout comme Vivant et Bénigne, Alpais fait partie des ces patronymes que la Bourgogne offrit à l'humanité, qui n'en n'eut d'aileurs pas grand chose à foutre. Mais passons sur son ingratitude pour en revenir à notre sujet.

La charmante église de Cudot

La petite Alpais naquit un beau jour de 1155. C'est à Cudot, dans l'Yonne, qu'elle passa toute son enfance, où elle exerçait la noble, mais peu lucrative, profession de bergère. Elle aurait pû connaitre le destin de tant d'autres jeunes filles de l'Yonne, mais Dieu, dans Son infini bonte, en décida autrement. Fût-ce pas manque d'hygiène ? Fût-ce pour avoir fréquenté de manière trop intime des ovidés ? Quoiqu'il en soit, par une journée tragique, la pauvre Alpais rentra chez elle bien mal en point. Elle s'alita, fièvreuse, sans plus pouvoir quitter sa paillasse. Ses parents, inquiets de la santé de leur progéniture, firent venir le médecin. Son diagnostic, en voyant la chair de l'enfant se répandre dans toute la barraque, fût imparable : la petite Alpais avait chopé une lèpre carabinée !
Les parents de l'enfant furent accablés par cette sombre nouvelle, mais ils n'en conservèrent pas moins la tendre et proverbiale humanité qu'éprouvent les parents icaunais à l'égard de leurs rejetons, et c'est pourquoi, sans esquisser la moindre hésitation, ils firent aussitôt enfermer leur fille dans la plus proche lèproserie avec la défense formelle d'entrer en contact avec tout être vivant.
Alpais passa donc de la bergerie à la pèproserie. Les parents de la fillette, ne de départissant jamais de leur générosité toute bourguignonne, venaient régulièrement jeter quelques miettes de pain à l'enfant qui devait attendre leur départ pour avoir le droit d'approcher de ces quelques croutons. Quoiqu'Alpais était alors nourrie et logée, elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver une certaine amertume en analysant sa situation. Amertume aggravée par sa maladie, pour le moins pénible, tant il est vrai que la lèpre provoque des démangeaisons fort désagréables.

Un jour, le frère d'Alpais, tandis que la famille se dirigeait vers la lèproserie pour nourrir la fillette, tint à ses parents ce langage :
_ Papa ? Maman ? Voilà près d'un mois qu'Alpais est enfermée dans cette léproserie, quand sortira-t-elle ?
_ Hélas mon pauvre enfant, jamais, j'en ai bien peur. Nul ne peut guérir de la lèpre hélas !
_ Mais alors, si elle va mourir, pourquoi est-ce qu'on lui donne du pain ?
Les parents se regardèrent, étonnés par ce discours. Puis après mûre réflexion, ils ingurgitèrent goulûment le repas destiné à Alpais et s'en retournèrent chez eux, le ventre plein.

Alpais, de son côté, attendit quelques jours, puis, quand les gargouillis de son ventre devinrent assourdissant, elle comprit que jamais plus on ne viendrait la nourrir. Elle ne put s'empêcher d'éprouver, non sans quelque raison comme un sentiment d'injustice, et, écoeurée des hommes, choisit de se tourner vers Dieu. Ce Dernier, toujours bon bougre, ne resta pas sourd aux prières de la jeune Bourguignonne et la guérit illico de sa maladie.
Alpais passa les dernières années de son existence perdue dans l'extase de ses visions mystiques en se nourrissant exclusivement d'osties. Ses visions furent si cosmiques, que plus tard, elle fût canonisée et nommée sainte patrone des astronautes ! Heh oui, donc la prochaine que vous irez sur la Lune, ayez une petite pensée pour sainte Alpais, la petite lèpreuse cosmique ! Et si quelque part, des satellites nous permettent d'utiliser nos téléphones portables, c'est un peu grâce à la Bourgogne. Et vous parents, si vous souhaitez que votre enfant devienne mystique, vous savez ce qu'il vous reste à faire : abadonnez le dans une lèproserie !

Et vive la Bourgogne mystique !

mercredi 30 juin 2010

La tour Jean-sans-Peur

Je me trouvais l'autre jour désoeuvré, errant dans les rues de Paris.
Que faisais-je à Paris ?
Je l'ignore. Sait-on jamais pourquoi l'on se trouve à Paris ? Non ! Si on le savait on ne s'y trouverait pas ! On mettrait les bouts ! Et au plus vite !
Pour vous décrire l'accablement qui m'étreignait alors il me faudrait tremper la plume du désespoir dans l'encre noire de la consternation, mais je n'ai hélas à ma disposition que l'humble clavier de la véracité, et il faudra vous en contenter.
Ah Paris ! Cette ville est si française qu'elle en devient caricaturalement atroce ! Elle sue la France de tous les pores de son ciment ! Le moindre pavé que l'on y foule transpire la franchouillardise la plus éceourante. C'est comme si l'on pataugeait dans un marais remplis de crapauds. Même le quartier chinois parait français, c'est dire s'il est maussade (d'ailleurs ses résidents sont si tristes de vivre en un tel endroit qu'ils en ont le teint ocre et les yeux plissés par l'habitude de la tristesse).
Vous comprendrez que j'étais véritablement au fond du trou quand vous saurez qu'en outre il y faisait une chaleur si torride que mon corps, pour me signifier sa soif d'alcool, crut bon d'expulser hors de lui toute l'eau qui y croupissait (j'ignore du reste comment elle avait pénétré dans mon organisme).
J'étais donc au bord de l'anéantissement physique et moral, quand soudain, comme un phare dans le désert ou plutôt comme un oasis de vinasse au milieu d'un océan aquatique, je vis se dresser devant moi une tour à la beauté éblouissante ! Je manquai de me pincer ! Etait-ce l'air fétide de Paris qui égarait mes sens ? Ou le soleil qui jouait du tam tam sur mon crâne ? Mais non, je ne rêvais pas, j'étais bel et bien en face d'une tour gothique caractéristique de l'architecture bourguignonne du XIII° siècle !

Je m'approchais et la présence d'écusson aux armes de la Bourgogne achevèrent de dissoudre mes derniers doutes, comme l'eau dissout le sucre et l'alcool les cellules hépatiques.
Il s'agissait bien du dernier vestige du palais parisien des grands ducs de Bourgogne !
Je l'avais toujours cru disparu !
Intrigué et fasciné par cette formidable découverte, je me risquai à pénétrer dans ces lieux si richement chargés d'histoire. Je fus saisi d'un frisson en posant mes pieds sur ces dalles augustes qu'avaient foulé les semelles cent fois bénies du grand Jean sans Peur. Tandis que j'admirai les splendeurs de la voûte gothique à souhait, si gothique qu'elle en devenait humiliante pour la misérable architecture baroque, une voix soudain retentit dans ce sublime tas de caillou (la métaphore n'est pas riche, j'en conviens, mais je n'ai que celle là sous la main) :
"- C'est trois euros l'entrée me dit-elle.
_ Les militants de l'indépendance bourguignonne ont-ils droit à une réduction ? m'enquis-je.
_ Non me répondit sèchement la caissière en fourrant dans sa poche les pièces que j'avais déposées sur son comptoir."

Ce que je vis à l'intérieur fût d'une beauté telle qu'elle échapperait à toute description et c'est pourquoi je ne prendrais pas même la peine de vous en décrire le plus chétif ornement.

En revanche je ne saurai vous dissimuler l'émotion qui m'étreignit en découvrant ces marches qu'avait monté avant moi Jean sans Peur, cette salle des gardes où il dut féliciter sa vaillante troupe, cette cheminée devant laquelle les soirs d'hiver il devait réchauffer ses petits petons dijonnais, et ces toilettes, où, ce fameux soir où il franchit triomphalement les murs de Paris accompagné de 5000 archers, il dut, après avoir fastueusement célébré sa victoire, posé une formidable et ducale peau de renard.

Je sortis de cette tour si enthousiasmé par ce que j'y avais vu qu'en sortant, comme pour narguer la sinistre capitale de cet odieux pays que les crétins s'obstinent à appeler la France, je me mis, de joie, à célébrer à ma façon le triomphe des troupes bourguignonnes lors de l'occupation de Paris en criant de façon retentissante "HIP", ce à quoi à j'ajoutai sans plus attendre un second et non moins bruyant "HIP" auquel j'agrégeai immédiatement, au risque de me répéter, un, vous l'avez deviné, troisième "HIP", avant de ponctuer mon bref et triomphal discours par un formidable Hourrah !
Et Vive la Bourgogne Libre !


Même les âmes les plus simples savent apprécier la beauté de cette tour !

dimanche 28 mars 2010

Et si on causait bourguignon ?

Rien n'exprime mieux l'âme d'un peuple que sa langue. Rien qu'en entendant prononcer quelques mots d'une langue, on en devine aussitôt l'essence, la nature profonde.
Prenez le français par exemple : terne, monotone, sans accent, on sait immédiatement à quel peuple de bande mou on a affaire.
Il en va tout autrement du bourguignon ! Ah le bourguignon ! Voilà une langue ! Dès qu'on entend jacter en bregognon, on respire la joie de vivre, la bonhommie, la simplicité (la langue bourguignonne interdit toute forme d'affectation et de snobisme). C'est bien simple, dès qu'on entend parler bourguignon on est comme pris par une envie de boire du vin. Quand les R se mettent à rouler on a comme envie de rouler soi-même sous la table. Ah si l'italien est la langue de l'amour, il ne fait aucun doute que le bourguignon est la langue de la ripaille ! Le dialecte des orgies ! L'idiome des bacchanales !
Ah le Bourguignon ! Dès que l'entends je suis heureux ! C'est une langue qui me chatouille le foie et épanouit ma rate ! La langue du ventre en somme ! Elle déborde de générosité et de truculence ! Et quelle force expressive ! Gauger ! Débroudiller ! Ecafouiller ! On voit tout de suite ce que ça signifie. C'est la verve même ! L'expression brute, qui frappe l'esprit de façon directe, sans s'apesantir sur d'encombrants concepts.
Moi j'adore me rouler dans les R comme un porc dans sa fange. Quand je me rends à Dijon je prends toujours soin de choisir le train omnibus, celui qui s'arrête dans tous les villages et qui charrie tellement de vrais bourguignons que les R y roulent plus vite que le train. Et l'été je ne réchigne jamais à parcourir à vélo les dix kilomètres qui me séparent du troquet de Marigny le Cahouet où j'éprouve comme un délicieux tournis lorsque j'entends le serveur, si jovialement couperosé, m'emporter dans un tourbillon de R, une spirale de consonnes, une tornade de phonèmes gutturaux.

Le R, tel qu'on le roule de par chez nous

Hélas, comme chacun sait, l'accent se perd. Il se perd même si bien que moi-même je dois convenir que mon accent, malgré un léger frétillement de la gorge, est désespérement français. Quand la Bourgogne sera libre, il sera nécessaire de n'employer que des nourrices et des instituteurs qui roulent les R pour développer l'accent bourguignon, mais à défaut d'avoir l'accent, nous pouvons tâcher d'employer le vocabulaire bourguignon. Ainsi, dès que je sus en causant avec des Normands que le verbe gauger était inconnu au delà des frontières de la Bourgogne, je bannis aussitôt "mouiller" de mon vocabulaire.
Aussi, je me propose d'enrichir votre connaissance de cette langue, si plaisante. à l'aide de deux saynètes, (on apprend bien mieux par une mise en situation que par des listes interminables de mots accompagnés par leur traduction), qui mettent en scène deux bourguignons typiques, que j'ai baptisé très traditionnellement Benigne et Vivant.
C'est parti !
(afin de rendre la leçon plus accessible encore, j'ai mis les mots bourguignons en italique, vous devriez rapidement en saisir la signification) :

Vivant et Bénigne, les Big Muzzy du bourguignon

VIVANT : Tiens Bénigne, quelle agréable surprise !
BENIGNE : Ca par exemple Vivant, vieux bareuzai mal blanchi, comment vas-tu ?
VIVANT : pas mal ma foi, pas mal du tout, mais toi tu m'as l'air tout essouflé, et ton visage est rubicond, que t'arrive-t-il ?
BENIGNE : Heh parbleu, c'est que je viens juste de me brandouiller !
VIVANT : Encore ! Ma parole tu es véritablement un gros brandouilleur.
BENIGNE : Bah tu sais, depuis que je suis célibataire, je n'ai plus beaucoup de plaisirs alors çe ne me fait pas de mal de me brandouiller un peu de temps en temps.
VIVANT : Il est vrai que la brandouillette est un plaisir bien innocent.
BENIGNE : Moi j'en raffole. Je ne connais rien d'aussi bon que se brandouiller un bon coup. D'ailleurs rien que d'en parler j'ai envie de le faire.
VIVANT : Quoi ? Là ? Maintenant ?
BENIGNE : Mais oui pourquoi pas ? on pourrait se brandouiller mutuellement, toi et moi, qu'en dis-tu ?
VIVANT : Quoi ?! Ensemble ?!
BENIGNE : Allons mon vieux Vivant, pas de chichi. Rien n'est plus plaisant qu'une petite brandouillette entre amis.
VIVANT : C'est que...
BENIGNE : Allons laisse toi faire, ne fais pas ta chochotte
VIVANT : Oh et puis après tout tu as raison, il n'y a pas de mal à se faire du bien, brandouillons-nous vigoureusement.
(nos deux amis se brandouillent avec force, de plus en plus énergiquement, jusqu'à ce qu'ils deviennent rouges et qu'un spasme de plaisir vienne parcourir leur visage, qui parait ensuite très apaisé).
VIVANT : ah nom de Dieu ce que c'est bon !
BENIGNE : Quel plaisir j'ai pris ! Tu ne m'as pas brandouillé de main morte.
VIVANT : haha, je sais que tu aimes les brandouillettes bien viriles.
BENIGNE : Et si nous allions nous promener dans les bois pour nous remettre de nos émotions ?
VIVANT : Excellente idée ! Cela nous fera le plus grand bien.
(nos deux amis marchent dans la forêt)
BENIGNE : Ah la nature ! Comme on respire paisiblement dans ces lieux, si loin de la folie des hommes. Qu'en dis tu ?
VIVANT : Bof moi je trouve ça un peu trop vert.
BENIGNE : Mais oui, précisément, c'est beau comme un bon verre d'absinthe !
VIVANT : Moi je m'ennuie ici. Il n'y a pas de vin, pas de moutarde, pas de gougère, rien de ce que j'aime.
BENIGNE : Quel rabat-joie tu fais ! On croirait entendre un Français !
VIVANT : Ah ne m'insulte pas ! Et puis merde à la fin ! Tous ces arbres si horriblement couverts de feuilles, c'est écoeurant à force ! Quoi de plus risible qu'une feuille, je te le demande ? Cet ignoble amas de filaments verdâtre ! Non mais franchement, a-t-on idée d'être aussi vert ?
BENIGNE : Du calme Vivant !
VIVANT : Pourquoi diable m'as tu trainé dans un endroit pareil ? Qu'est ce qu'il m'a pris de t'écouter ?
BENIGNE : Cesse de râler, il y a plein de bonnes choses à voir dans les bois.
VIVANT : Ah oui ? Comme quoi par exemple ?
BENIGNE (en souriant) : qu'est-ce que tu dis de ça ?
(il dévoile à son ami Vivant une formidable pine)
VIVANT : Nom de Dieu !!!!!
BENIGNE : Ca t'en bouche un coin n'est-ce pas ?
VIVANT : Ah crénom d'un chien, de toute ma vie je n'ai jamais vu une aussi grosse pine !
BENIGNE : Hehe, sans me vanter je dois bien admettre que j'ai là une pine d'une taille très honorable.
VIVANT : Tu plaisantes ou quoi ? Ta pine est tout bonnement colossale !
BENIGNE : Flatteur.
VIVANT : Heh Bénigne ?
BENIGNE : Oui Vivant ?
VIVANT : Tu sais à quoi je pense en voyant cette grosse pine ?
BENIGNE : Non ?
VIVANT (en rougissant) : J'ai envie de la sucer...
BENIGNE : Quoi tu veux sucer une pine ? Mais qu'est-ce qu'il te prend ?
VIVANT : Je ne sais pas, une envie subite. Je me suis toujours demandé quel gout cela pouvait avoir. Et puis ça serait trop bête de mourir sans avoir au moins une fois pourlècher une grosse pine.
BENIGNE : Bah après tout, si tu y tiens tant, vas-y, suce cette pine.
(Vivant s'empare de la pine et se l'introduit dans la bouche. La pine est d'abord un peu trop grosse pour ses maigres lèvres, mais très vite il prend de l'assurance, et, à force de la faire coulisser, finit par l'avaler toute entière avant de la recracher).
BENIGNE : Alors, comment était-ce ?
VIVANT : Pas terrible je dois dire, un peu trop boisé à mon gout.
BENIGNE : Rentrons cela vaut mieux.
VIVANT : Et la pine qu'est-ce que j'en fais ?
BENIGNE : Laisse là ici.
(Il jette la pine au loin).

Et voilà !
Ces deux brefs dialogues vous auront, je pense, facilement facilement appris que le verbe se brandouiller en bourguignon, signifie se balancer (et quoi de plus agréable que de se balancer entre amis ?) et que le mot pine désigne une pomme de pin.

Au cours d'une prochaine leçon je vous apprendrai que "rectum de porc" se dit jésus en bourguignon et que le mot "pénis" se traduit par quine, et nous tâcherons ensuite, au cours d'un exercice pratique, d'associer les deux termes dans une même phrase.

A bientôt donc !