Je me trouvai pas plus tard qu'avant hier en territoire ennemi, c'est-à-dire en France, lorsque, abattu par la chaleur du soleil printanier, je m'assis à la terrasse d'un bistrot, bien décidé à me rafraichir le gosier.
Une serveuse, pâle, rachitique, désespérement sobre, vint s'enquérir avec mollesse du breuvage ce que je désirais ingurgiter. Je lui répondis avec fermeté (comme pour lui signifier le mépris en lequel je tenais son triste peuple) : "servez-moi un Kir !".
Alors qu'après avoir formulé cette réponse limpide je m'attendais à voir la serveuse se diriger avec diligence dans son café pour m'apporter le délectable breuvage dont j'avais fait la commande, la nigaude crut bon de palabrer de plus belle en me posant une question tout à fait saugrenue : "Kir fraise ou Kir framboise ?". Cette fois je n'y tins plus et je ne me contentis pas de sortir de mes gonds, j'en jaillis avec fureur :
"_ Cessez de m'importuner avec vos problèmes de jardinage ! Je n'ai que faire de vos fruits exécrablement rougeâtres ! J'ai commandé un kir et j'entends bien en boire ! Sachez que je ne quitterai votre établissement qu'en titubant !".
La serveuse repartit vers son comptoir en courant, tandis qu'un flot de larmes venait inonder ses yeux inexpressifs. Elle revint en direction de ma table, tremblante de frayeur, et déposa devant moi un verre. Je portai alors le récipient à mes lèvres et au lieu de sentir le goût tant espéré de la liqueur de cassis ma langue se plongea dans un verre de vin blanc contaminé par un écoeurant sirop de fraise archi-sucré. Je me levai alors de ma chaise et projetai l'éxécrable liquide à la face de la serveuse anéantie en lui assénant : "Avec les compliments du chanoine Kir !".
Je partis aussitôt sans même régler ma note, laissant derrière moi les cris de la serveuse désespérée. Je crus inutile de me retourner, ce en quoi je fis bien car les insultes des autres clients commençaient à fuser en ma direction.
Ainsi donc, en plein XXI° siècle, tandis qu'on ne cesse de nous parler des progrès de l'éducation dans le monde, il existait encore des personnes assez sottes pour ignorer que le Kir se prépare avec du cassis et non avec je ne sais quel sirop de glucose. Quelle misère !
Pour y remédier je décidai aussitôt de consacrer un article de ce site au chanoine Kir, que vous pourrez lire dès que je l'aurais écrit (c'est-à-dire la semaine prochaine).
En attendant, chers amis Bourguignons, restez vigilants, et refusez catégoriquement d'ingurgiter ces décoctions sournoises qui usurpent le beau nom de Kir.
Et pour rendre mon article plus pédagogique encore je crois utile de rappeler quelques équations éthyliques que tous les experts ès-soulographie se doivent de connaitre par cœur, ou plutôt par foie :
Bourgogne aligoté + crème de cassis = kir
Crémant de Bourgogne + crème de cassis = kir royal
Bourgogne rouge + crème de cassis = cardinal (si vous êtes religieux) ou communard (si vous êtes révolutionnaire)
Vodka + crème de cassis = double K
Whiskey + crème de cassis = Whyskas
Blanc aligoté + sirop Tesseire = pipi de chat
Eau minérale + sirop de menthe = franchouillard (le franchouillard se boit essentiellement en région parisienne).
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15 commentaires:
Le franchouillard devrait être interdit par la loi.
Kir framboise !
Mais c'est la bouteille entière qu'il aurait fallu lui casser sur la tête.
Ils ne respectent rien.
Kir royal, c'est bourguignon ça ?
Personnellement en tant que bourguignon je ne connais pas le champagne mais uniquement le crémant de Bourgogne.
Je rappelle les proportions qui sont aux 2/3-1/3
Et pour le chanoine il ne faut pas oublier la création du lac à son nom.
Je n'allais pas mieux dire que le duc des mythomanes crémant de Bourgogne plus que champagne !
C'est corrigé, pardon pour cet erreur.
Cher ami, je vois les choses ainsi :
La crème de cassis venant troubler le nectar effervescent de nos voisins champenois se nomme Kir royal, tandis que le délicieux breuvage que l'on confectionne avec notre crémant de Bourgogne et la crème de cassis se nomme Téméraire.
Avouez que ça en jette !
Un téméraire ! Mais bien sûr. Autrement dit : un kir ducal !
Ca en jette un sacré jus.
Mais le meilleur de tous les cocktails est encore à inventer : ce sera le bourguignon libre.
Avis aux buveurs inventifs.
le pire que j'ai pu lire était un "Kir italien" sur le menu d'une pizzéria lors d'un séjour en Normandie. J'ai failli m'évanouir
Quid du carreau dans cette liste au début alléchant (et à la fin navrante) ?
La carreau ?
Je dois avouer que j'ignore l'existence de ce breuvage.
Quel en est la composition ?
épouse moi!
Kir Italien ???
J'ai déjà failli assassiner mon homme (normand) le jour où il m'a dit "Non, c'est pas un kir breton, c'est un kir normand"... (suivi d'1/2 heure d'explications sur le vrai kir et tous les gens qui servent des faux kirs à leurs mariages "et je te préviens je veux pas de ça au nôtre !")
Le kir le vrai est entrain de se perde mais nous bourguignon allons le faire perdurer dans sa vrai nature!!
@ Leomielle
Mon homme est aussi Normand et je dois avouer que ce "Kir italien" a été le coup de grâce pour moi. J'avais, tout comme toi, du subir ces fameux "Kirs normands ou breton", et j'ai fait également les explications et "remises à niveau" (lol) que doit faire tout Bourguignon(ne) qui se respecte (M...erde, il n'existe qu'UN seul KIR et il est à NOUS)... Mais, en plus, ce "Kir italien".... C'était trop.
Amicalement
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