jeudi 24 décembre 2015

An joyeux Nouélle !

Joyeux Noël à tous, amis bourguignons !

Comme vous le savez, il n'est pas de tradition qui soit plus célébrée en Bourgogne, comme celle de la Noël (ou plutôt de la Nouélle, comme on dit en bregognon).
Le respect scrupuleux des traditions bourguignonnes : voilà qui forme le coeur du Mouvement de Libération de la Bourgogne !
Or, dans l'ancien temps, comment fêtait-on Noël ?
Henri Vincenot nous l'explique en détails dans son ouvrage sur les paysans bourguignons.
Il écrit :"Les sabots étaient laissés par les enfants devant la crèche, et c'est au retour de la messe de minuit qu'ils y trouvaient une pomme, souvent reinette du Canada, ou une reinette grise alors en pleine maturité à ce moment de l'hiver, et frottée avec un chiffon de laine, pour qu'elle brille, quelques losanges de pâte de coing ou un bâton de sucre de pomme, et rien de plus. Il y avait toujours au moins une pomme dont la signification est bien connue chez les Celtes. Mais c'est tout, mon petit ami, et ça tenait à l'aise dans les sabots qu'on avait astiqués depuis deux jours."

 Merveilleux n'est-ce pas ?
C'est donc dans la pure tradition bourguignonne que le MLB a décidé de passer Noël cette année.

 
Bonne fêtes à tous, et bonne pomme !

lundi 7 décembre 2015

François Sauvadet nous répond

François Sauvadet, Président du conseil départemental de Côte d'Or, a pris la peine de répondre à l'enquête que le MLB a mené auprès des différents candidats au sujet du nom qui sera donné à la future région.

Voici sa réponse :


Remarquons que le candidat de la droite ne semble pas prendre de position ferme sur le sujet, et qu'il semble même plutôt partisan d'un nom hybride, au détriment du nom de "Bourgogne" que nous défendons pour notre part.
Quoiqu'il en soit, sachons lui exprimer notre gratitude pour avoir accepté de nous répondre, et pour nous avoir adressé sa considération distinguée. Il s'agit peut-être là du signe de ce que M. Sauvadet, en bon bourguignon, n'est pas complètement hostile à nos idées libératrices.

Nous attendons encore les réponses des autres partis en lice.

samedi 28 novembre 2015

Lettres aux candidats

La campagne électorale bat son plein. Les coups font rage de toutes parts. Les sondages sont pour l'instant indécis, le suspense reste entier. Pourtant un poids lourd de la politique bourguignonne ne s'est pas encore prononcé : le MLB !

Nous faisons à présent campagne pour que le nom de cette région Bourgogne-Franche-Comté soit un nom historique, qui se rattache au glorieux passé de la Bourgogne.
Bourgogne nous conviendrait très bien, mais nous sommes ouverts à d'autres propositions : Grande Bourgogne, Burgondie, Grand Duché d'Occident....



Nous allons donc faire pression sur les différents candidats dans ce sens.
Voici les lettres que nous leur avons adressés.
L'exemple de la lettre envoyée à la candidate socialiste, Marie-Guite Dufay :



Très chère madame Dufay,

Avant toutes choses, permettez-moi, au nom du Mouvement de Libération de la Bourgogne, de saluer votre candidature. Nous nous réjouissons en effet qu'une personnalité de Franche-Comté se présente à cette élection. Vous savez que nous avons été les premiers à soutenir l'union de tous les Bourguignons sous une même bannière : ceux du duché avec ceux de la comté. Votre candidature est la manifestation même de notre succès, et nous nous en félicitons.

Oh certes, nous n'avons pas oublié qu'en 2009, alors que cette idée  avait été une première fois débattue publiquement, vous vous y opposâtes farouchement... Mais baste, puisque vous avez eu l'honnêteté de vous rallier à nos positions, qui s'inscrivent dans la droite continuité de l'histoire de la Bourgogne, sachons passer une éponge généreuse sur ces errements passés.

Nous vous écrivons pour vous poser une question bien précise, dont la réponse nous permettra de déterminer du soutien que nous pourrions vous accorder lors de ces élections. Nous avons consulté attentivement votre programme, sans y trouver de réponse claire.
Voici  : quel nom comptez-vous donner à la région Bourgogne-Franche-Comté ?

Je pense que vous conviendrez comme nous que le nom "Bourgogne-Franche-Comté" est un peu trop long, et qu'il est assez obscur. Par ailleurs, je pense que vous avez conscience que le nom de Franche-Comté est un peu obsolète, puisque cette région n'est plus franche depuis qu'elle a été annexée par la France en 1678 et qu'elle n'est plus une comté depuis que les privilèges ont été abolis en 1789. Par conséquent, il serait plus logique de lui faire retrouver son nom véritable, son nom géographique et historique, qui est celui de Bourgogne ! La Franche-Comté, comme vous le savez, c'est le comté de Bourgogne, comme la Bourgogne en est le duché. Le futur nom de cette grande région ne saurait balayer ce passé glorieux. Il nous semble qu'il devrait au contraire le rendre éclatant.
"Bourgogne" est un nom nous conviendrait très bien, mais nous sommes ouverts à toutes les propositions qui s’inscriraient dans la continuité de notre glorieuse histoire : Grande Bourgogne, Burgondie, Grand Duché d'Occident.... En revanche, nous nous opposerions avec la dernière férocité à un nom artificiel qui serait inventé de toute pièce ou à un nom bâtard en forme d'acronyme. Notre région n'est pas une marque de yaourt !

Nous attendons donc votre réponse avec la dernière impatience, et nous vous prions de bien vouloir agréer nos salutations les plus bourguignonnes.
Mouvement de Libération de la Bourgogne




La même lettre, avec une accroche différente, a été envoyée aux différents candidats de cette élection. Nous vous ferons part de leurs réponses.

mercredi 25 novembre 2015

Grande victoire du MLB !!!

Victoire mes amis !
Victoire !
Victoire !

Depuis que ce tronc arbre blanc avait été installé rue de la Liberté, nous avions été vent debout pour le faire abattre.... Nous avons multiplié les articles ici-même et dans la presse pour faire savoir tout le mal que nous en pensions... Et bien, sous le feu nourri de nos virulentes critiques, l'arbre n'a pas survécu ! Il va être abattu !
La mairie devrait en effet prochainement ôter l'arbre blanc de la rue de la Liberté.

Le Bien Public, qui nous apprend la nouvelle, nous dit bien que ce sont les "avis négatifs" qui ont emporté la décision de la mairie. Or quels avis furent plus négatifs que les nôtres ?
Nous pouvons donc affirmer sans l'ombre d'un doute, que c'est grâce au Mouvement de Libération de la Bourgogne que Dijon a été libérée !

Arbre blanc, je savais bien que je finirais par avoir ton écorce !

Et maintenant bûcherons bourguignons, à vos haches, à vos tronçonneuses, libérez Dijon de cette bûche sans âme !  Et qu'on l'enfourne dans un grand feu pour ne plus la revoir !
Vive le Mouvement de Libération des rues dijonnaises ! Vive la Bourgogne Libérée des œuvres d'art médiocres !


mardi 24 novembre 2015

Campagne d'hiver

Bigre ! Après le rififi qui a agité Paris au mois de janvier dernier, on dirait que la capitale française a encore servi de décor à une drôle de pétarade. Ce n'est pas son année à celle là... 130 morts... Quel embrouillamini ! Ah, ça on peut dire qu'il y a eu du vilain... mais  cette tragique anicroche ne doit pas nous faire oublier l'essentiel pour la Bourgogne : les élections régionales du mois de décembre !
Il s'agit d'un moment historique, puisque pour la première fois, les Bourguignons vont voter en même temps que leurs cousins de Franche-Comté.

Deux personnalités semblent se détacher de cette âpre course vers le pouvoir. A ma droite, François Sauvadet, dit "le Grand", vieux grizzly mandubien, bien connu des turfistes vitelliens, qui entre ici en lice pour remporter le dix-septième mandat  de sa carrière politique. Enjeu crucial donc, pour ce vieux cireur de siège électoral.

François Sauvadet prend la pose avec un marchand de picrate.

A ma gauche, Marie-Guite Dufay, qui présente la double bizarrerie d'être à la fois franc-comtoise (chose encore inédite dans une élection bourguignonne) et d'appartenir à ce sexe exotique qu'on appelle féminin. J'entends déjà certains phallocrates se gausser à l'idée qu'une femme puisse gouverner notre région, mais je rétorquerais à ces cuistres que certains scientifiques affirment aujourd'hui avec certitude que le cerveau de ces êtres ne diffère presque pas de celui des hommes (bien que sa taille soit inférieure), et que d'ailleurs, la loi salique n'a jamais eu cours en Bourgogne.


Discours de Marie-Guite Dufay devant un plateau de fromages

Le match entre ces deux challengers s'annonce donc des plus coriaces, et les promesses les plus mirifiques pleuvent déjà de part et d'autre pour emporter le morceau. François Sauvadet a d'ores et déjà annoncé que s'il était élu, il renforcerait l'excellence de la recherche, rendrait les transports en commun plus attractifs et doublerait le nombre de touristes dans la région. Marie-Guite Dufay s'est quant à elle engagée, en cas de victoire à rendre notre région plus forte et plus responsable...

 De bien belles propositions, qui nous laissent néanmoins aussi frigorifiés que marmoréens. En effet, aucun des deux candidats ne semble avoir répondu clairement à la seule question que nous nous posons tous : comment s'appellera cette future région ?

Pour notre part, il va de soi que le mot Bourgogne ne saurait être exclu de ce nom. En outre, Bourgogne-Franche-Comté est un nom trop long et trop bâtard, qui manque de clarté.
Nous avons donc décidé d'interroger ces deux candidats pour connaître leur opinion sur la question, afin de décider clairement de quel côté penchera notre soutien.

Candidats, prenez garde, le MLB entre en campagne !

lundi 28 septembre 2015

Visite de la ville de Dijon, en l'an 2050



 Dijon ! Enfin ! En ce mois de mars 2050, je retournai pour la première fois dans cette bonne vieille cité des ducs, après trente-cinq ans d'absence. J'étais d'autant plus curieux de découvrir ce que Dijon était devenue que j'avais passé toutes ces dernières années enfermé dans ma cave (j'y étais descendu pour y chercher une bonne bouteille en février 2015, et la porte s'était malencontreusement refermée derrière moi ; fort heureusement, toutes mes bouteilles me permirent de survivre pendant tout ce temps). Comment le monde avait-il évolué en mon absence ? Il me tardait de le savoir.
Un ami m'attendait à la gare. Il s'était proposé de me faire voir le Dijon moderne, et je n'avais pas refusé.
- Ça alors ! Vieille baderne ! Comment vas-tu ? Ah mon pauvre, j'ai entendu ton histoire, ça a du être horrible, toutes ces années enfermé dans une cave, à boire du vin…
- Pas tant que ça, pas tant que ça.... Mais allons plutôt voir la ville.
- Bien sûr. Elle a un peu changé, tu verras, tu ne seras pas déçu.
Il m'entraîna aussitôt devant une sorte de canal d'où s'écoulait un épais liquide vert fluo.
- Dégoulinons jusqu'au centre-ville.
- Dégoulinons ?
- Ah oui, c'est vrai qu'à ton époque on utilisait encore le tramway. C'est fini ce temps-là ! Jadis, la mairie privilégiait les « transports doux », mais on a fini par les trouver encore un peu trop rudes, alors on est passé aux transports mous, puis finalement aux transports liquides. Une vraie merveille ! Mais dégoulinons....
- Marchons plutôt, si tu n'y vois pas d'inconvénients.
- Comme tu préfères.
Je ne reconnus rien des abords de la gare. Tous les anciens immeubles avaient été remplacés par de grands blocs de verre éblouissants, rectilignement alignés, que mon ami qualifia de « havres luminescents à énergie positive ». Je trouvais surtout qu'ils ressemblaient à des cliniques d’hôpital, mais je n'osais en faire la remarque à mon ami, pour ne pas heurter son enthousiasme. « Il sont entièrement éco-responsables et bio dégradables ! » ajouta-t-il avec fierté. 

 Bienvenue dans le néo-Dijon.

Après avoir marché quelque temps, et dépassé la place Darcy, nous parvînmes à la rue de la liberté, qui s’étalait dans toute sa longueur. Mon ami, me saisit alors par le bas.
- Chhhhhhut ! faisons moins de bruit, nous arrivons au centre-ville.
- Pardon ?
- Oui, il est interdit d'y parler trop fort pour ne pas troubler la quiétude des riverains. Le chuchotement est devenu obligatoire. Mais mieux vaut encore rester silencieux, enfile plutôt ces patins hygiéniques au lieu de causer.
- Ces patins ?
- Oui, le port des patins est devenu obligatoire lui aussi. Cela fait moins de bruit et cela évite de salir inutilement les trottoirs. Mais ne t'en fais pas, ils sont entièrement désinfectés.
J'enfilais ces patins sans discuter et nous commençâmes à glisser le long des rues. Plus encore que les abords de la ville, le centre de Dijon s'était totalement métamorphosé. Tout y était blanc, lisse, silencieux. Le sol formait comme un immense parquet blanc, immaculé, et l'atmosphère semblait littéralement ouatée. Les rues étaient presque désertes, seuls quelques passants hagards patinaient en vitesse, les yeux baissés, presque honteux de déranger la tranquillité des lieux par leur simple présence. Tous avaient le teint blême. Même les noirs avaient l'air pâle. À mon grand étonnement, je vis errer un vieillard en blouse d'hôpital, qui trainait son goutte-à-goutte à ses côtés.
- Oui, m'expliqua mon ami, comme le centre-ville a été entièrement stérilisé par mesures d'hygiène, les malades peuvent s'y promener librement. Le vivre-ensemble doit s'appliquer à tous, même à ceux qui vont mourir. Comme nous avons transformé l'ancien hôpital en centre gastronomique, il était logique de transformer le centre-ville en hôpital, tu ne trouves pas ?
Après cette déambulation, nous arrivâmes enfin devant la place de la Libération. L'ancien palais des ducs, lui aussi, était méconnaissable. Toutes les anciennes façades étaient désormais recouvertes d'une immense plaque jaune en ferraille, tandis que les pavés avaient été remplacés par de grandes dalles de cuivre luisantes. Il ressemblait maintenant à un hangar rouillé.
- Et tu n'as pas encore vu le clou du spectacle, le fleuron de notre belle cité la fameuse tour Rebsamen !
- La tour Rebsamen ?
- Hé oui, elle a remplacé la tour Philippe le Bon. On s'est aperçu en étudiant sa vie de ce duc qu’elle n'était pas très conforme avec les valeurs de la République alors nous lui avons substitué celui de notre maire bien aimé, qui avait lancé les travaux de modernisation au cours de son septième mandat.
En effet, en lieu et place de l'ancienne tour de pierre, se dressait désormais une tour de verre qui baignait dans une sorte de lumière rose, douceâtre.
À son sommet, on apercevait une grande image qui représentait le nouveau blason de la ville. On y voyait une seringue médicale posée sur un oreiller, avec cette devise : hygiène et modération.
- Car l’hygiène et la modération sont les deux mamelles du vivre ensemble – mamelles stérilisées bien sûr, m’expliqua mon ami.
- Allons manger un morceau, dis-je, je crois que j'en assez vu.
- T'as raison, allons-nous taper la cloche. 

 Cité de la gastronomie. Miam, miam !

Nous patinâmes quelques centaines de mètre jusqu’à la fameuse cité de la gastronomie, qui se présentait comme un gros container de paquebot posé sur l’ancien hôpital, avec la légèreté d’une brique tombée sur un gâteau à la crème.
- Tu vas voir, Dijon est toujours mondialement célèbre pour sa gastronomie. On y mange toujours aussi bien – mais modérément bien sûr. Important ça, la modération…
- Ça tombe bien, voilà des années, trente-cinq pour être exact, que je n’ai pas mangé un bon vieux bœuf bourguignon.
- Du bœuf ? Ah, non mais c’est fini ce temps-là. Dijon est devenu un endroit entièrement végétarien. Toute cette souffrance animale, c’était trop cruel. Désormais la ville s’enorgueillit de son label « eau plate et salade verte » que lui octroient chaque année les critiques gastronomiques anglo-saxons. Mais, il y a des plats végétariens tout bonnement succulents. Je te recommande la bouillie de salsifis au gingembre allégé, elle est excellente, mais si tu préfères la cuisine traditionnelle tu peux te rabattre sur l’émulsion de gélatine de papaye à la moutarde lyophilisée.
- C'est de la cuisine traditionnelle ?
- Bien sûr, il y a de la moutarde.
- Je crois que je vais me contenter de boire un coup.
-
À ta guise. Qu'est-ce que tu veux boire ? Un kir concombre ? Un kir céleri ?
- Sans façons, une bonne bouteille de vin plutôt.
- T’as raison, rien ne vaut les classiques. C’est moi qui régale, ça me fait plaisir. Garçon ! Apportez-nous une bouteille de Romanée-Jackson !
- Romanée-Jackson ?
- Oui, le domaine a été racheté par un informaticien américain qui lui a donné son nom. De toutes façons, cela faisait désordre de conserver ce nom d’ancien régime…La recette a un peu évolué, mais c’est toujours le meilleur vin du monde, tu vas voir.
Tandis qu’il m’en vantait les mérites, mon ami remplit mon verre d’un liquide bleu-vif et pétillant d’où s’échappait une sorte de mousse verte et fumante.
- Tu peux y aller franco, c’est sans alcool. On l’a retiré de nos vins, car c’était très mauvais pour la santé, alors que cette nouvelle recette est riche en bifidus et en oméga-5, c’est beaucoup plus raisonnable ainsi.
Tandis que je dégustais mon verre de Romanée-Jackson, soudain je vis mon ami se mettre à trembler de tout son corps, comme pris d’une soudaine panique.
- Oh non ! Non ! Pas lui….
Je me retournai pour voir ce qui l’effrayait à ce point, et je vis surgir un vieillard voûté en veste bariolée, qui portait une guitare fleurie en bandoulière et une petite trompette de plastique jaune en sautoir. Je n’en crus pas mes yeux d’abord, mais je me rendis compte que c’était lui, c’était bien lui, toujours là, Gérard Gagnant ! Il avait un peu vieilli, mais il n’avait pas changé. Le tonitruant chanteur des rues était toujours actif. Il salua l’assemblée par le signe V de la victoire, mais au moment où il se saisit de son instrument pour entonner l’une de ces chansons dont il avait le secret, soudainement jaillirent deux policiers en uniforme blanc qui lui lancèrent un rayon paralysant. Le corps vitrifié de Gérard Gagnant fut aussitôt transporté dans une ambulance en direction de la prison-hôpital de la Chartreuse.
- Ouf, me dit mon ami, un peu plus et il allait se mettre à chanter. La situation risquait de devenir tout à fait déraisonnable, il y aurait eu du désordre, ça aurait été horrible ! Nous l’avons échappé belle. Heureusement que les « agents du maintien de la convivialité tempérée » sont intervenus. Pour nous remettre de ces émotions, que dirais-tu d’une bonne ballade ? Allons faire un tour au parc !
- Avec plaisir. Le temps de remettre mes patins hygiéniques.  

 La splendide éco-cité, jardin des maraichers, prévue pour 2015.

Notre visite de Dijon se poursuivit donc. Elle nous conduisit vers la place Wilson, puis le long des allées du parc, dont les demeures paraissaient plus rutilantes que jamais. Je n’arrivais pas à savoir si ces maisons étaient devenues plus riches qu’autrefois, ou si c’est moi qui me sentais plus pauvre. Enfin nous arrivâmes au parc de la Colombière.  
- C’est vrai que depuis que j’y suis revenu à Dijon, je n’y ai pas encore vu un seul arbre.
- Ah, et bien si tu aimes les arbres, tu ne seras pas déçu par le nouveau parc.
Le spectacle auquel j’assistais alors était proprement stupéfiant.  Il n’y avait plus dans ce parc,  ni plantes, ni feuilles, ni fleurs… Toute forme de végétation en avait été bannie. Il n’y avait plus qu’une vaste étendue de béton, d’où émergeaient des troncs… des troncs blancs… des troncs blancs qui tournaient sur eux-mêmes ! L’œuvre de Didier Marcel qui ornait jadis la rue de la liberté avait été multipliée en si grand nombre qu’elle formait à présent une forêt entière.
- Oui, m’expliqua mon ami, les anciens arbres étaient beaucoup trop salissants, avec toutes leurs feuilles et leurs racines … Nous les avons proscrits de la ville pour les remplacer par ces admirables arbres blancs. Mais rassure-toi, grâce à leur rotation, ils produisent de grandes quantités d’oxygène.

Ainsi donc, la métamorphose de la ville qui avait commencée au début des années 2000 avait été achevée en quelques années à peine. Dijon, en 2050, était définitivement devenue une ville lounge et bien-pensante.
J’en avais trop vu. Je pris congé de mon ami et je quittai la ville de Dijon. Une fois que je fus rentré chez moi, c’est sans regrets et sans la moindre hésitation, que je retournai dans ma cave pour m’y enfermer à triple tour, et y finir mes jours, seul, en compagnie de mes chères bouteilles de vin.
Pour vivre heureux vivons bourrés. 


Article paru dans Sparse en mars 2015.