François Sauvadet, Président du conseil départemental de Côte d'Or, a pris la peine de répondre à l'enquête que le MLB a mené auprès des différents candidats au sujet du nom qui sera donné à la future région.
Voici sa réponse :
Remarquons que le candidat de la droite ne semble pas prendre de position ferme sur le sujet, et qu'il semble même plutôt partisan d'un nom hybride, au détriment du nom de "Bourgogne" que nous défendons pour notre part.
Quoiqu'il en soit, sachons lui exprimer notre gratitude pour avoir accepté de nous répondre, et pour nous avoir adressé sa considération distinguée. Il s'agit peut-être là du signe de ce que M. Sauvadet, en bon bourguignon, n'est pas complètement hostile à nos idées libératrices.
Nous attendons encore les réponses des autres partis en lice.
lundi 7 décembre 2015
samedi 28 novembre 2015
Lettres aux candidats
La campagne électorale bat son plein. Les coups font rage de toutes parts. Les sondages sont pour l'instant indécis, le suspense reste entier. Pourtant un poids lourd de la politique bourguignonne ne s'est pas encore prononcé : le MLB !
Nous faisons à présent campagne pour que le nom de cette région Bourgogne-Franche-Comté soit un nom historique, qui se rattache au glorieux passé de la Bourgogne.
Bourgogne nous conviendrait très bien, mais nous sommes ouverts à d'autres propositions : Grande Bourgogne, Burgondie, Grand Duché d'Occident....
Nous allons donc faire pression sur les différents candidats dans ce sens.
Voici les lettres que nous leur avons adressés.
L'exemple de la lettre envoyée à la candidate socialiste, Marie-Guite Dufay :
Très chère madame Dufay,
Avant toutes choses, permettez-moi, au nom du Mouvement de Libération de la Bourgogne, de saluer votre candidature. Nous nous réjouissons en effet qu'une personnalité de Franche-Comté se présente à cette élection. Vous savez que nous avons été les premiers à soutenir l'union de tous les Bourguignons sous une même bannière : ceux du duché avec ceux de la comté. Votre candidature est la manifestation même de notre succès, et nous nous en félicitons.
Oh certes, nous n'avons pas oublié qu'en 2009, alors que cette idée avait été une première fois débattue publiquement, vous vous y opposâtes farouchement... Mais baste, puisque vous avez eu l'honnêteté de vous rallier à nos positions, qui s'inscrivent dans la droite continuité de l'histoire de la Bourgogne, sachons passer une éponge généreuse sur ces errements passés.
Nous vous écrivons pour vous poser une question bien précise, dont la réponse nous permettra de déterminer du soutien que nous pourrions vous accorder lors de ces élections. Nous avons consulté attentivement votre programme, sans y trouver de réponse claire.
Voici : quel nom comptez-vous donner à la région Bourgogne-Franche-Comté ?
Je pense que vous conviendrez comme nous que le nom "Bourgogne-Franche-Comté" est un peu trop long, et qu'il est assez obscur. Par ailleurs, je pense que vous avez conscience que le nom de Franche-Comté est un peu obsolète, puisque cette région n'est plus franche depuis qu'elle a été annexée par la France en 1678 et qu'elle n'est plus une comté depuis que les privilèges ont été abolis en 1789. Par conséquent, il serait plus logique de lui faire retrouver son nom véritable, son nom géographique et historique, qui est celui de Bourgogne ! La Franche-Comté, comme vous le savez, c'est le comté de Bourgogne, comme la Bourgogne en est le duché. Le futur nom de cette grande région ne saurait balayer ce passé glorieux. Il nous semble qu'il devrait au contraire le rendre éclatant.
"Bourgogne" est un nom nous conviendrait très bien, mais nous sommes ouverts à toutes les propositions qui s’inscriraient dans la continuité de notre glorieuse histoire : Grande Bourgogne, Burgondie, Grand Duché d'Occident.... En revanche, nous nous opposerions avec la dernière férocité à un nom artificiel qui serait inventé de toute pièce ou à un nom bâtard en forme d'acronyme. Notre région n'est pas une marque de yaourt !
Nous attendons donc votre réponse avec la dernière impatience, et nous vous prions de bien vouloir agréer nos salutations les plus bourguignonnes.
Mouvement de Libération de la Bourgogne
La même lettre, avec une accroche différente, a été envoyée aux différents candidats de cette élection. Nous vous ferons part de leurs réponses.
Nous faisons à présent campagne pour que le nom de cette région Bourgogne-Franche-Comté soit un nom historique, qui se rattache au glorieux passé de la Bourgogne.
Bourgogne nous conviendrait très bien, mais nous sommes ouverts à d'autres propositions : Grande Bourgogne, Burgondie, Grand Duché d'Occident....
Nous allons donc faire pression sur les différents candidats dans ce sens.
Voici les lettres que nous leur avons adressés.
L'exemple de la lettre envoyée à la candidate socialiste, Marie-Guite Dufay :
Très chère madame Dufay,
Avant toutes choses, permettez-moi, au nom du Mouvement de Libération de la Bourgogne, de saluer votre candidature. Nous nous réjouissons en effet qu'une personnalité de Franche-Comté se présente à cette élection. Vous savez que nous avons été les premiers à soutenir l'union de tous les Bourguignons sous une même bannière : ceux du duché avec ceux de la comté. Votre candidature est la manifestation même de notre succès, et nous nous en félicitons.
Oh certes, nous n'avons pas oublié qu'en 2009, alors que cette idée avait été une première fois débattue publiquement, vous vous y opposâtes farouchement... Mais baste, puisque vous avez eu l'honnêteté de vous rallier à nos positions, qui s'inscrivent dans la droite continuité de l'histoire de la Bourgogne, sachons passer une éponge généreuse sur ces errements passés.
Nous vous écrivons pour vous poser une question bien précise, dont la réponse nous permettra de déterminer du soutien que nous pourrions vous accorder lors de ces élections. Nous avons consulté attentivement votre programme, sans y trouver de réponse claire.
Voici : quel nom comptez-vous donner à la région Bourgogne-Franche-Comté ?
Je pense que vous conviendrez comme nous que le nom "Bourgogne-Franche-Comté" est un peu trop long, et qu'il est assez obscur. Par ailleurs, je pense que vous avez conscience que le nom de Franche-Comté est un peu obsolète, puisque cette région n'est plus franche depuis qu'elle a été annexée par la France en 1678 et qu'elle n'est plus une comté depuis que les privilèges ont été abolis en 1789. Par conséquent, il serait plus logique de lui faire retrouver son nom véritable, son nom géographique et historique, qui est celui de Bourgogne ! La Franche-Comté, comme vous le savez, c'est le comté de Bourgogne, comme la Bourgogne en est le duché. Le futur nom de cette grande région ne saurait balayer ce passé glorieux. Il nous semble qu'il devrait au contraire le rendre éclatant.
"Bourgogne" est un nom nous conviendrait très bien, mais nous sommes ouverts à toutes les propositions qui s’inscriraient dans la continuité de notre glorieuse histoire : Grande Bourgogne, Burgondie, Grand Duché d'Occident.... En revanche, nous nous opposerions avec la dernière férocité à un nom artificiel qui serait inventé de toute pièce ou à un nom bâtard en forme d'acronyme. Notre région n'est pas une marque de yaourt !
Nous attendons donc votre réponse avec la dernière impatience, et nous vous prions de bien vouloir agréer nos salutations les plus bourguignonnes.
Mouvement de Libération de la Bourgogne
La même lettre, avec une accroche différente, a été envoyée aux différents candidats de cette élection. Nous vous ferons part de leurs réponses.
mercredi 25 novembre 2015
Grande victoire du MLB !!!
Victoire mes amis !
Victoire !
Victoire !
Depuis que ce tronc arbre blanc avait été installé rue de la Liberté, nous avions été vent debout pour le faire abattre.... Nous avons multiplié les articles ici-même et dans la presse pour faire savoir tout le mal que nous en pensions... Et bien, sous le feu nourri de nos virulentes critiques, l'arbre n'a pas survécu ! Il va être abattu !
La mairie devrait en effet prochainement ôter l'arbre blanc de la rue de la Liberté.
Le Bien Public, qui nous apprend la nouvelle, nous dit bien que ce sont les "avis négatifs" qui ont emporté la décision de la mairie. Or quels avis furent plus négatifs que les nôtres ?
Nous pouvons donc affirmer sans l'ombre d'un doute, que c'est grâce au Mouvement de Libération de la Bourgogne que Dijon a été libérée !
Arbre blanc, je savais bien que je finirais par avoir ton écorce !
Et maintenant bûcherons bourguignons, à vos haches, à vos tronçonneuses, libérez Dijon de cette bûche sans âme ! Et qu'on l'enfourne dans un grand feu pour ne plus la revoir !
Vive le Mouvement de Libération des rues dijonnaises ! Vive la Bourgogne Libérée des œuvres d'art médiocres !
Victoire !
Victoire !
Depuis que ce tronc arbre blanc avait été installé rue de la Liberté, nous avions été vent debout pour le faire abattre.... Nous avons multiplié les articles ici-même et dans la presse pour faire savoir tout le mal que nous en pensions... Et bien, sous le feu nourri de nos virulentes critiques, l'arbre n'a pas survécu ! Il va être abattu !
La mairie devrait en effet prochainement ôter l'arbre blanc de la rue de la Liberté.
Le Bien Public, qui nous apprend la nouvelle, nous dit bien que ce sont les "avis négatifs" qui ont emporté la décision de la mairie. Or quels avis furent plus négatifs que les nôtres ?
Nous pouvons donc affirmer sans l'ombre d'un doute, que c'est grâce au Mouvement de Libération de la Bourgogne que Dijon a été libérée !
Arbre blanc, je savais bien que je finirais par avoir ton écorce !
Et maintenant bûcherons bourguignons, à vos haches, à vos tronçonneuses, libérez Dijon de cette bûche sans âme ! Et qu'on l'enfourne dans un grand feu pour ne plus la revoir !
Vive le Mouvement de Libération des rues dijonnaises ! Vive la Bourgogne Libérée des œuvres d'art médiocres !
mardi 24 novembre 2015
Campagne d'hiver
Bigre ! Après le rififi qui a agité Paris au mois de janvier dernier, on
dirait que la capitale française a encore servi de décor à une drôle de
pétarade. Ce n'est pas son année à celle là... 130 morts... Quel embrouillamini ! Ah, ça on peut dire qu'il y a eu du vilain... mais cette tragique anicroche ne doit
pas nous faire oublier l'essentiel pour la Bourgogne : les élections
régionales du mois de décembre !
Il s'agit d'un moment historique, puisque pour la première fois, les Bourguignons vont voter en même temps que leurs cousins de Franche-Comté.
Deux personnalités semblent se détacher de cette âpre course vers le pouvoir. A ma droite, François Sauvadet, dit "le Grand", vieux grizzly mandubien, bien connu des turfistes vitelliens, qui entre ici en lice pour remporter le dix-septième mandat de sa carrière politique. Enjeu crucial donc, pour ce vieux cireur de siège électoral.
A ma gauche, Marie-Guite Dufay, qui présente la double bizarrerie d'être à la fois franc-comtoise (chose encore inédite dans une élection bourguignonne) et d'appartenir à ce sexe exotique qu'on appelle féminin. J'entends déjà certains phallocrates se gausser à l'idée qu'une femme puisse gouverner notre région, mais je rétorquerais à ces cuistres que certains scientifiques affirment aujourd'hui avec certitude que le cerveau de ces êtres ne diffère presque pas de celui des hommes (bien que sa taille soit inférieure), et que d'ailleurs, la loi salique n'a jamais eu cours en Bourgogne.
Le match entre ces deux challengers s'annonce donc des plus coriaces, et les promesses les plus mirifiques pleuvent déjà de part et d'autre pour emporter le morceau. François Sauvadet a d'ores et déjà annoncé que s'il était élu, il renforcerait l'excellence de la recherche, rendrait les transports en commun plus attractifs et doublerait le nombre de touristes dans la région. Marie-Guite Dufay s'est quant à elle engagée, en cas de victoire à rendre notre région plus forte et plus responsable...
De bien belles propositions, qui nous laissent néanmoins aussi frigorifiés que marmoréens. En effet, aucun des deux candidats ne semble avoir répondu clairement à la seule question que nous nous posons tous : comment s'appellera cette future région ?
Pour notre part, il va de soi que le mot Bourgogne ne saurait être exclu de ce nom. En outre, Bourgogne-Franche-Comté est un nom trop long et trop bâtard, qui manque de clarté.
Nous avons donc décidé d'interroger ces deux candidats pour connaître leur opinion sur la question, afin de décider clairement de quel côté penchera notre soutien.
Candidats, prenez garde, le MLB entre en campagne !
Il s'agit d'un moment historique, puisque pour la première fois, les Bourguignons vont voter en même temps que leurs cousins de Franche-Comté.
Deux personnalités semblent se détacher de cette âpre course vers le pouvoir. A ma droite, François Sauvadet, dit "le Grand", vieux grizzly mandubien, bien connu des turfistes vitelliens, qui entre ici en lice pour remporter le dix-septième mandat de sa carrière politique. Enjeu crucial donc, pour ce vieux cireur de siège électoral.
François Sauvadet prend la pose avec un marchand de picrate.
A ma gauche, Marie-Guite Dufay, qui présente la double bizarrerie d'être à la fois franc-comtoise (chose encore inédite dans une élection bourguignonne) et d'appartenir à ce sexe exotique qu'on appelle féminin. J'entends déjà certains phallocrates se gausser à l'idée qu'une femme puisse gouverner notre région, mais je rétorquerais à ces cuistres que certains scientifiques affirment aujourd'hui avec certitude que le cerveau de ces êtres ne diffère presque pas de celui des hommes (bien que sa taille soit inférieure), et que d'ailleurs, la loi salique n'a jamais eu cours en Bourgogne.
Discours de Marie-Guite Dufay devant un plateau de fromages
Le match entre ces deux challengers s'annonce donc des plus coriaces, et les promesses les plus mirifiques pleuvent déjà de part et d'autre pour emporter le morceau. François Sauvadet a d'ores et déjà annoncé que s'il était élu, il renforcerait l'excellence de la recherche, rendrait les transports en commun plus attractifs et doublerait le nombre de touristes dans la région. Marie-Guite Dufay s'est quant à elle engagée, en cas de victoire à rendre notre région plus forte et plus responsable...
De bien belles propositions, qui nous laissent néanmoins aussi frigorifiés que marmoréens. En effet, aucun des deux candidats ne semble avoir répondu clairement à la seule question que nous nous posons tous : comment s'appellera cette future région ?
Pour notre part, il va de soi que le mot Bourgogne ne saurait être exclu de ce nom. En outre, Bourgogne-Franche-Comté est un nom trop long et trop bâtard, qui manque de clarté.
Nous avons donc décidé d'interroger ces deux candidats pour connaître leur opinion sur la question, afin de décider clairement de quel côté penchera notre soutien.
Candidats, prenez garde, le MLB entre en campagne !
vendredi 2 octobre 2015
lundi 28 septembre 2015
Visite de la ville de Dijon, en l'an 2050
Dijon ! Enfin ! En ce mois de mars
2050, je retournai pour la première fois dans cette bonne vieille cité des
ducs, après trente-cinq ans d'absence. J'étais d'autant plus curieux de
découvrir ce que Dijon était devenue que j'avais passé toutes ces dernières
années enfermé dans ma cave (j'y étais descendu pour y chercher une bonne
bouteille en février 2015, et la porte s'était malencontreusement refermée
derrière moi ; fort heureusement, toutes mes bouteilles me permirent de
survivre pendant tout ce temps). Comment le monde avait-il évolué en mon
absence ? Il me tardait de le savoir.
Un ami
m'attendait à la gare. Il s'était proposé de me faire voir le Dijon moderne, et
je n'avais pas refusé.
- Ça alors !
Vieille baderne ! Comment vas-tu ? Ah mon pauvre, j'ai entendu ton histoire, ça
a du être horrible, toutes ces années enfermé dans une cave, à boire du vin…
- Pas tant
que ça, pas tant que ça.... Mais allons plutôt voir la ville.
- Bien sûr.
Elle a un peu changé, tu verras, tu ne seras pas déçu.
Il m'entraîna
aussitôt devant une sorte de canal d'où s'écoulait un épais liquide vert fluo.
-
Dégoulinons jusqu'au centre-ville.
-
Dégoulinons ?
- Ah oui,
c'est vrai qu'à ton époque on utilisait encore le tramway. C'est fini ce temps-là
! Jadis, la mairie privilégiait les « transports doux », mais on a
fini par les trouver encore un peu trop rudes, alors on est passé aux
transports mous, puis finalement aux transports liquides. Une vraie merveille
! Mais dégoulinons....
- Marchons
plutôt, si tu n'y vois pas d'inconvénients.
- Comme tu préfères.
Je ne
reconnus rien des abords de la gare. Tous les anciens immeubles avaient été
remplacés par de grands blocs de verre éblouissants, rectilignement
alignés, que mon ami qualifia de « havres luminescents à énergie positive ».
Je trouvais surtout qu'ils ressemblaient à des cliniques d’hôpital, mais je
n'osais en faire la remarque à mon ami, pour ne pas heurter son enthousiasme.
« Il sont entièrement éco-responsables et bio dégradables ! »
ajouta-t-il avec fierté.
Bienvenue dans le néo-Dijon.
Après avoir
marché quelque temps, et dépassé la place Darcy, nous parvînmes à la rue de la
liberté, qui s’étalait dans toute sa longueur. Mon ami, me saisit alors par le
bas.
- Chhhhhhut
! faisons moins de bruit, nous arrivons au centre-ville.
- Pardon ?
- Oui, il
est interdit d'y parler trop fort pour ne pas troubler la quiétude des
riverains. Le chuchotement est devenu obligatoire. Mais mieux vaut encore
rester silencieux, enfile plutôt ces patins hygiéniques au lieu de causer.
- Ces patins
?
- Oui, le port
des patins est devenu obligatoire lui aussi. Cela fait moins de bruit et cela
évite de salir inutilement les trottoirs. Mais ne t'en fais pas, ils sont
entièrement désinfectés.
J'enfilais
ces patins sans discuter et nous commençâmes à glisser le long des rues. Plus
encore que les abords de la ville, le centre de Dijon s'était totalement
métamorphosé. Tout y était blanc, lisse, silencieux. Le sol formait comme un
immense parquet blanc, immaculé, et l'atmosphère semblait littéralement ouatée.
Les rues étaient presque désertes, seuls quelques passants hagards patinaient
en vitesse, les yeux baissés, presque honteux de déranger la tranquillité des
lieux par leur simple présence. Tous avaient le teint blême. Même les noirs
avaient l'air pâle. À mon grand étonnement, je vis errer
un vieillard en blouse d'hôpital, qui trainait son goutte-à-goutte à ses côtés.
- Oui, m'expliqua mon ami, comme le centre-ville a été entièrement stérilisé par mesures d'hygiène, les malades peuvent s'y promener librement. Le vivre-ensemble doit s'appliquer à tous, même à ceux qui vont mourir. Comme nous avons transformé l'ancien hôpital en centre gastronomique, il était logique de transformer le centre-ville en hôpital, tu ne trouves pas ?
Après cette déambulation, nous arrivâmes enfin devant la place de la Libération. L'ancien palais des ducs, lui aussi, était méconnaissable. Toutes les anciennes façades étaient désormais recouvertes d'une immense plaque jaune en ferraille, tandis que les pavés avaient été remplacés par de grandes dalles de cuivre luisantes. Il ressemblait maintenant à un hangar rouillé.
- Et tu n'as pas encore vu le clou du spectacle, le fleuron de notre belle cité la fameuse tour Rebsamen !
- Oui, m'expliqua mon ami, comme le centre-ville a été entièrement stérilisé par mesures d'hygiène, les malades peuvent s'y promener librement. Le vivre-ensemble doit s'appliquer à tous, même à ceux qui vont mourir. Comme nous avons transformé l'ancien hôpital en centre gastronomique, il était logique de transformer le centre-ville en hôpital, tu ne trouves pas ?
Après cette déambulation, nous arrivâmes enfin devant la place de la Libération. L'ancien palais des ducs, lui aussi, était méconnaissable. Toutes les anciennes façades étaient désormais recouvertes d'une immense plaque jaune en ferraille, tandis que les pavés avaient été remplacés par de grandes dalles de cuivre luisantes. Il ressemblait maintenant à un hangar rouillé.
- Et tu n'as pas encore vu le clou du spectacle, le fleuron de notre belle cité la fameuse tour Rebsamen !
- La tour
Rebsamen ?
- Hé oui,
elle a remplacé la tour Philippe le Bon. On s'est aperçu en étudiant sa vie de
ce duc qu’elle n'était pas très conforme avec les valeurs de la République alors
nous lui avons substitué celui de notre maire bien aimé, qui avait lancé les
travaux de modernisation au cours de son septième mandat.
En effet, en lieu et place de l'ancienne tour de pierre, se dressait désormais une tour de verre qui baignait dans une sorte de lumière rose, douceâtre. À son sommet, on apercevait une grande image qui représentait le nouveau blason de la ville. On y voyait une seringue médicale posée sur un oreiller, avec cette devise : hygiène et modération.
- Car l’hygiène et la modération sont les deux mamelles du vivre ensemble – mamelles stérilisées bien sûr, m’expliqua mon ami.
En effet, en lieu et place de l'ancienne tour de pierre, se dressait désormais une tour de verre qui baignait dans une sorte de lumière rose, douceâtre. À son sommet, on apercevait une grande image qui représentait le nouveau blason de la ville. On y voyait une seringue médicale posée sur un oreiller, avec cette devise : hygiène et modération.
- Car l’hygiène et la modération sont les deux mamelles du vivre ensemble – mamelles stérilisées bien sûr, m’expliqua mon ami.
- Allons
manger un morceau, dis-je, je crois que j'en assez vu.
- T'as raison, allons-nous taper la cloche.
- T'as raison, allons-nous taper la cloche.
Cité de la gastronomie. Miam, miam !
Nous patinâmes quelques centaines de mètre jusqu’à la fameuse cité de la gastronomie, qui se présentait comme un gros container de paquebot posé sur l’ancien hôpital, avec la légèreté d’une brique tombée sur un gâteau à la crème.
- Tu vas
voir, Dijon est toujours mondialement célèbre pour sa gastronomie. On y mange
toujours aussi bien – mais modérément bien sûr. Important ça, la modération…
- Ça tombe bien, voilà des années, trente-cinq
pour être exact, que je n’ai pas mangé un bon vieux bœuf bourguignon.
- Du bœuf ? Ah, non mais c’est fini ce temps-là. Dijon est devenu un endroit entièrement végétarien. Toute cette souffrance animale, c’était trop cruel. Désormais la ville s’enorgueillit de son label « eau plate et salade verte » que lui octroient chaque année les critiques gastronomiques anglo-saxons. Mais, il y a des plats végétariens tout bonnement succulents. Je te recommande la bouillie de salsifis au gingembre allégé, elle est excellente, mais si tu préfères la cuisine traditionnelle tu peux te rabattre sur l’émulsion de gélatine de papaye à la moutarde lyophilisée.
- C'est de la cuisine traditionnelle ?
- Bien sûr, il y a de la moutarde.
- Je crois que je vais me contenter de boire un coup.
- À ta guise. Qu'est-ce que tu veux boire ? Un kir concombre ? Un kir céleri ?
- Sans façons, une bonne bouteille de vin plutôt.
- Du bœuf ? Ah, non mais c’est fini ce temps-là. Dijon est devenu un endroit entièrement végétarien. Toute cette souffrance animale, c’était trop cruel. Désormais la ville s’enorgueillit de son label « eau plate et salade verte » que lui octroient chaque année les critiques gastronomiques anglo-saxons. Mais, il y a des plats végétariens tout bonnement succulents. Je te recommande la bouillie de salsifis au gingembre allégé, elle est excellente, mais si tu préfères la cuisine traditionnelle tu peux te rabattre sur l’émulsion de gélatine de papaye à la moutarde lyophilisée.
- C'est de la cuisine traditionnelle ?
- Bien sûr, il y a de la moutarde.
- Je crois que je vais me contenter de boire un coup.
- À ta guise. Qu'est-ce que tu veux boire ? Un kir concombre ? Un kir céleri ?
- Sans façons, une bonne bouteille de vin plutôt.
- T’as
raison, rien ne vaut les classiques. C’est moi qui régale, ça me fait plaisir.
Garçon ! Apportez-nous une bouteille de Romanée-Jackson !
- Romanée-Jackson
?
- Oui, le
domaine a été racheté par un informaticien américain qui lui a donné son nom.
De toutes façons, cela faisait désordre de conserver ce nom d’ancien régime…La
recette a un peu évolué, mais c’est toujours le meilleur vin du monde, tu vas
voir.
Tandis qu’il
m’en vantait les mérites, mon ami remplit mon verre d’un liquide bleu-vif et
pétillant d’où s’échappait une sorte de mousse verte et fumante.
- Tu peux y
aller franco, c’est sans alcool. On l’a retiré de nos vins, car c’était très
mauvais pour la santé, alors que cette nouvelle recette est riche en bifidus et
en oméga-5, c’est beaucoup plus raisonnable ainsi.
Tandis que
je dégustais mon verre de Romanée-Jackson, soudain je vis mon ami se mettre à
trembler de tout son corps, comme pris d’une soudaine panique.
- Oh
non ! Non ! Pas lui….
Je me
retournai pour voir ce qui l’effrayait à ce point, et je vis surgir un
vieillard voûté en veste bariolée, qui portait une guitare fleurie en
bandoulière et une petite trompette de plastique jaune en sautoir. Je n’en crus
pas mes yeux d’abord, mais je me rendis compte que c’était lui, c’était bien
lui, toujours là, Gérard Gagnant ! Il avait un peu vieilli, mais il
n’avait pas changé. Le tonitruant chanteur des rues était toujours actif. Il
salua l’assemblée par le signe V de la victoire, mais au moment où il se saisit
de son instrument pour entonner l’une de ces chansons dont il avait le secret,
soudainement jaillirent deux policiers en uniforme blanc qui lui lancèrent un
rayon paralysant. Le corps vitrifié de Gérard Gagnant fut aussitôt transporté
dans une ambulance en direction de la prison-hôpital de la Chartreuse.
- Ouf, me
dit mon ami, un peu plus et il allait se mettre à chanter. La situation
risquait de devenir tout à fait déraisonnable, il y aurait eu du désordre, ça
aurait été horrible ! Nous l’avons échappé belle. Heureusement que les
« agents du maintien de la convivialité tempérée » sont intervenus.
Pour nous remettre de ces émotions, que dirais-tu d’une bonne ballade ? Allons
faire un tour au parc !
- Avec
plaisir. Le temps de remettre mes patins hygiéniques.
La splendide éco-cité, jardin des maraichers, prévue pour 2015.
Notre visite
de Dijon se poursuivit donc. Elle nous conduisit vers la place Wilson, puis le
long des allées du parc, dont les demeures paraissaient plus rutilantes que
jamais. Je n’arrivais pas à savoir si ces maisons étaient devenues plus riches
qu’autrefois, ou si c’est moi qui me sentais plus pauvre. Enfin nous arrivâmes
au parc de la Colombière.
- C’est vrai
que depuis que j’y suis revenu à Dijon, je n’y ai pas encore vu un seul arbre.
- Ah, et
bien si tu aimes les arbres, tu ne seras pas déçu par le nouveau parc.
Le spectacle
auquel j’assistais alors était proprement stupéfiant. Il n’y avait plus dans ce parc, ni plantes, ni feuilles, ni fleurs… Toute
forme de végétation en avait été bannie. Il n’y avait plus qu’une vaste étendue
de béton, d’où émergeaient des troncs… des troncs blancs… des troncs blancs qui
tournaient sur eux-mêmes ! L’œuvre de Didier Marcel qui ornait jadis la
rue de la liberté avait été multipliée en si grand nombre qu’elle formait à
présent une forêt entière.
- Oui,
m’expliqua mon ami, les anciens arbres étaient beaucoup trop salissants, avec
toutes leurs feuilles et leurs racines … Nous les avons proscrits de la ville
pour les remplacer par ces admirables arbres blancs. Mais rassure-toi, grâce à
leur rotation, ils produisent de grandes quantités d’oxygène.
Ainsi donc,
la métamorphose de la ville qui avait commencée au début des années
2000 avait été achevée en quelques années à peine. Dijon, en 2050, était
définitivement devenue une ville lounge et bien-pensante.
J’en avais
trop vu. Je pris congé de mon ami et je quittai la ville de Dijon. Une fois que
je fus rentré chez moi, c’est sans regrets et sans la moindre hésitation, que
je retournai dans ma cave pour m’y enfermer à triple tour,
et y finir mes jours, seul, en compagnie de mes chères bouteilles de vin.
Pour vivre heureux vivons bourrés.
Pour vivre heureux vivons bourrés.
Article paru dans Sparse en mars 2015.
L'arbre blanc de Dijon
« La
forme d'une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d'un mortel. »
Charles Baudelaire
L’arbre blanc.
La première fois qu’on l’a vu, on s’est tous demandés ce que c’était que cette
saloperie qui trônait au beau milieu de la rue de la lib'. On a d’abord cru que
c’était un lampadaire, ou bien l’arbre de Noël des grands magasins, dont les
branches avaient été sciées. On croyait à quelque exposition, inepte mais
temporaire. Puis il a bien fallu se rendre à l’évidence : il était là pour
durer, hélas, cet arbre blanc, cet ignoble arbre blanc.
Ce n’est même
pas vraiment un arbre d’ailleurs. C’est juste un grand poteau blanc. Un tronc.
Un gros tronc blanc, posé en plein milieu du trottoir, comme le font les
canidés. C’est une œuvre qui n’a ni forme, ni couleur, ni matière, ni rien. Ce
n'est même pas vraiment une œuvre Elle tourne, simplement. Elle tourne en rond,
sur elle-même, absurdement, comme un autiste qui bascule sans cesse sur
lui-même.
Qu’est-ce qu’un
arbre sans branches, sans feuilles, sans couleur, sans forme, peut bien vouloir
exprimer ? La stérilité peut être ? La fadeur ? L’atonie ? On hésite
devant toutes ces interprétations. Récemment, un jeune rappeur exalté, qui
s'était donné pour mission de célébrer « toute la beauté, la force et la poésie
de l’œuvre de Didier Marcel » (sic !), avait décrété que cet arbre blanc
illustrait « le cynisme de notre société capitaliste ». L'avantage avec
ce genre d'interprétation fumeuse, c'est que ça ne mange pas de pain, puisque
personne ne va défendre le cynisme, et parce qu'on peut greffer ce genre de
discours sur à peu près n'importe quel objet.
Moi, ce que ça
m’évoquerait, c’est plutôt un immense poteau de torture sur lequel on aurait
attaché la ville entière, livrée au supplice de son inanité.
Ce qui rend cet
arbre blanc si haïssable, ce n'est pas tellement son insignifiance artistique.
Non, l’art contemporain nous y a trop habitués. C'est plutôt ce qu'elle
symbolise, c’est-à-dire la mort du centre-ville de Dijon. Il incarne à lui seul
tout ce qu'est devenue la rue de la Liberté, c'est-à-dire un immense couloir
d'hôpital où une foule hagarde se déverse de façon continue dans un silence
effrayant. Le mouvement est incessant, comme si chacun, inconsciemment,
cherchait à quitter cette rue lugubre le plus vite possible. Il n'y a plus ni
rires, ni causeries, ni rien. Plus personne n'est à l'arrêt, à part quelques
clochards avachis, qui d'ailleurs meurent tous un par un, parce qu'ils ne
supportent plus de vivre dans un pareil endroit. L’ancienne rue de la liberté
était peut-être bruyante et encombrée, mais c’était une rue normale, pas un
mouroir. Et c’est cet arbre blanc, par son absurdité, qui symbolise
parfaitement cette décomposition. Il est tellement inepte, tellement bête,
qu'il vide la vie de toute substance. On ne sait pas comment réagir devant un
monument d'une connerie aussi triomphante. On est figé par la bêtise. Toute
possibilité de spontanéité est abolie. La vie est mise à distance, ce qui rend
ainsi toute attitude vraiment vivante totalement impossible. On dirait que
l’arbre blanc fait de nous des légumes, il végétalise littéralement ses spectateurs.
Dijon avait-elle
vraiment besoin d’un tronc d’arbre blanc pour embellir ses rues ? A mon
avis, on les embellirait davantage en l’abattant. Ô bucherons aux haches
aiguisés, pourquoi retenir vos coups sur ce tronc trop tentant ?
Qu’attendent les tronçonneuses pour tronçonner ? D’ailleurs pour vraiment
embellir Dijon, il y aurait finalement plus de choses à détruire qu’à
construire. Rien de plus facile. Confiez-moi quelques bâtons de dynamite et je
rendrais à la ville toute sa splendeur ! C'est ce que les artistes corses ont
très bien su faire, avec leurs merveilleuses performances pyrotechniques. En
voilà de l'art contemporain ! Didier Marcel ferait bien d’en prendre de la
graine.
Didier Marcel.
C’est ainsi que se nomme le créateur de l’arbre blanc, qui a tout de même eu le
courage de signer son forfait. Il y a une petite plaque, devant l’arbre blanc
qui nous l’apprend, et qui nous en explique la signification. Didier Marcel
devait sans doute penser que les gens n'étaient pas assez intelligents pour
comprendre son travail, alors il a rédigé un petit texte qui permet aux
abrutis de comprendre pourquoi ils trouvent cet arbre moche. S’il y a bien une
réussite dans cet arbre blanc, c’est bien ce petit texte explicatif : un
vrai chef d’œuvre de fumisterie. Au fond, c’est peut-être dans cet art que
Didier Marcel est un véritable génie, dans l’art de se foutre de la gueule du
monde. On y apprend que cet arbre blanc ressemblerait à « une
colonne de l’architecture classique » (et alors ?), et qu’elle ferait
« écho à une sculpture cinétique » (voilà qui rassurera les amateurs
de sculptures cinétiques). Dans de ce genre de description, on parle toujours
que de la signification de l'œuvre, mais jamais de son aspect plastique, parce
que dans ce cas, on serait obligé d'en constater la nullité. D'ailleurs si une
œuvre a besoin d'être expliquée, c'est qu'elle n'a aucun intérêt. Ce n'est pas
en lisant une pancarte qu'on va subitement se mettre à trouver
une croûte géniale. C'est l'œuvre elle-même qui doit constituer
sa propre justification. On n'imagine pas Michel Ange poser une
pancarte au pied de sa chapelle Sixtine. C'est quand on vend de la camelote
qu'on a besoin d'un maximum de baratin.
Pourtant, si ce
tronc blanc constitue une sculpture sans intérêt, il n'est pas totalement
dénué de potentiel artistique, mais dans un tout autre domaine : celui de la
performance. Avec un tout petit peu de bricolage, et un rien d'imagination, on
pourrait mettre au point une formidable mise en scène. Voilà ce que
je verrais. D'abord, il faudrait attacher solidement au sommet
du tronc, une corde, à laquelle on suspendrait le performeur par les pieds.
Didier Marcel serait idéal dans ce rôle. Il est normal que le concepteur de
cette œuvre soit également son performeur. Ensuite, on brancherait l'arbre sur
un puissant moteur, de type industriel, afin d'accélérer sa rotation. C'est là
que la performance prendrait toute son ampleur. Au fur et à mesure que le tronc
se mettrait à tourner comme une toupie, on verrait le génial artiste décoller
petit à petit, et, avec la force centrifuge, tournoyer, tournoyer de plus
en plus vite autour de son tronc blanc, jusqu'à former avec lui un angle de 180
degrés et qu'on ne distingue plus qu'un immense cercle qui formerait comme le
feuillage qui manque à cet arbre. Puis, quand le tourbillonnement atteindrait
son paroxysme, quand l'arbre se mettrait à gyrer d'environ trois cents tours
par minute, on couperait subitement la corde. Alors on verrait le corps de
Didier Marcel s'envoler majestueusement dans les airs, dans une sublime
performance aérienne, pareil à « une comète traînant après elle sa queue
flamboyante », on le verrait, dans le parcours de sa parabole, surmonter
les grands magasins, passer au-dessus de la tour Philippe le Bon, survoler
Notre Dame, avant de venir frapper le dôme de l’une des tours de la façade de
l’église Saint-Michel. C'est sur sa superficie sphérique et convexe, qui ne
ressemble à un grain de raisin que pour la forme, qu'on verrait, à toute heure
du jour, Didier Marcel resté suspendu. Quant à ceux qui n’auraient pas eu la
chance d’assister à cette œuvre d’art, on leur dira : « allez-y voir
vous-même, si vous ne voulez pas me croire. »
Article paru dans Sparse de décembre 2014.
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