Ah le réveillon du jour de l'an !
Je ne sais pas vous, mais moi, chaque année c'est avec fébrilité que j'attends ce jour béni des alcooliques et des poivrauds (auxquels je me flatte de faire partie). Je ne connais guère de fêtes aussi joyeuses, conviviales, débridées et bon enfant que celle-ci.
Béni sois-tu Sylvestre, toi le plus bachique de tous les saints !
Saint Sylvestre ressuscite un mort. Est-ce une métaphore de la guérison de la gueule de bois ?Cette année pourtant, cette fête tant prisée par mon cirrhotique petit foie, ne s'annonçait pas sous les des meilleurs auspices. Nous étions déjà à la mi-décembre et pas l'ombre d'une invitation ne m'était encore parvenue. L'idée de passer un 31 décembre seul et sobre me plongeait dans des abîmes de désolation.
Puis, finalement, un ami vint me proposer de l'accompagner à Berlin.
Ach Berlin !
Wunderbar !
Zer gut Berlin !
Tudesque capitale chère à mon coeur !
Je ne vous cacherai pas combien j'aime cette ville, son architecture en ruines, ses rues immenses, sa lourdeur si massivement teutonne, ses bières à 50 centimes et ses kebabs à 2 euros...
C'est à Berlin même que je fis sans remords le définitif abandon de mon innocence en compagnie d'une jeune danoise qui eut aisément fait passer l'Etna pour le plus polaires des glaciers.
Ach ! Que de fougueux souvenirs me reviennent en mémoire et font glisser dans mon échine le plus ardent des frissons !
Aussi ce n'est pas sans enthousiasme que j'acceptai cette proposition qui me promettait le lot de soûlographie et de salacité dont j'ai fait les principaux objectifs de mon existence.
J'étais déjà en train de brosser ma vieille culotte de peau et de briquer mon casque à pointe pour me préparer à ce voyage (j'aime flatter les cultures locales quand je me rends dans un pays étranger, y compris les plus ridicules d'entre elles) quand un second ami me fit une contre-proposition pour le réveillon : passer le 31 décembre à Besançon.

Besançon !
Mirifique chef lieu de la Franche-Comté !
Sublime préfecture du Doubs !
Prodigieuse Babylone du département 25 !
Glorieuse cité bourguignonne qui maintint si longtemps au sommet de ses remparts la croix de Saint André, prenant le relais de l'âpre lutte de Charles le Téméraire contre les Français !
Berlin dès lors ne fût plus qu'un vaporeux souvenir. Adieu Beck, Wurt, choucroutes et svastikas !
Mon réveillon dès lors ne fût qu'un rêve. Nous passâmes la première partie de la soirée chez des amis qui inondèrent nos oesophages d'un torrent de boissons des plus capiteuses, puis nous allâmes en titubant dans les charmantes rues grises, comme marbrées, de la capitale du comté de Bourgogne.
Alors, au milieu de tous ces gens si gais, si affables, qui nous invitaient (ou chez qui nous nous invitions) à boire un verre, devant ces femmes avinées qui nous offraient si généreusement leurs lèvres où nous goûtions l'amour le soudain empire de ses frissons, dans ces instants de débauche généralisée, au sein de cette foule franche et généreuse, je n'hésite pas à dire que l'espace d'une soirée, je retrouvais enfin le souvenir si grisant de cette Bourgogne Libre qui forme le sens profond de notre combat.
La suite serait trop indécente pour être racontée dans ces lignes, qu'on sache seulement que la pratique ancestrale du piétinement abdominal n'a pas été abandonné par les femmes bisontines.
Ah Bisontines... Trois petits points ne sont pas de trop pour voiler toute votre délicieuse impudeur...
Enfin, tandis que le soleil commençait déjà à pointer le bout de ses rayons derrière les vertes collines du Jura, il nous fallut rentrer. Alors tandis que mon ami vomissait son rhum dans le canniveau et tandis que deux miens camarades me traînaient par les pieds le long des trottoirs de la ville, nous aperçumes un jeune franc-comtois, au teint hâlé, qui s'écriait, tout en faisant jongler son couteau d'une main à l'autre : "Je fais la nique à la France !" (il ne le dit pas exactement en ces termes mais le respect de la courtoisie m'oblige à modifier très légèrement ses paroles). Et par ses hurlements, ce jeune homme nous prouva bien que Besançon avait bien su conserver son esprit bourguignon et son âme frondeuse et insoumise à la France.
Voilà, on me pardonnera j'espère de n'avoir parlé que de moi dans ces lignes, mais il y a je crois dans cette petite anedcote un petit parfum de Bourgogne Libre que je voulais partager avec vous.
Très bonne année 2009 à tous les Bourguignons Libres !